Le bal des masques

Le moment Covid19, avec l’obligation ou la vive recommandation de porter des masques hygiéniques de protection dans les espaces publics fermés, même dans les rues et les places de nos villes, a recomposé notre paysage humain et urbain. Les sourires ou les grimaces se voilent la face. Et l’expression non verbale se trouve amputée de l’expression des sentiments sur le visage.

Ces masques, cobrebocas ou encore tapabocas au Mexique, couvrent la moitié basse du visage, qui a souvent été considérée dans les cultures anciennes ou traditionnelles comme reflétant la partie vulgaire de notre corporéité. La bouche, de l’époque médiévale au siècle des Lumières, en Europe, était effectivement considérée comme un orifice, sale de surcroit, qu’on ne devait pas ouvrir en public. Voir « Pourquoi les portraits faisaient-ils la tronche » sur Arte Creative, lien plus bas, dont voici un extrait du sous-titrage :

« À peine quelques sourires pincés, esquissés, mais des sourires éclatants… jamais ! Car du Moyen-âge, jusqu’au XVIIIe siècle, la bouche est un orifice qu’on cache, et le sourire a aussi mauvaise réputation que le bâillement ou le pet. Mais alors, pourquoi tant de haine contre la sourire ? Pourquoi jusqu’au XVIIIe siècle, les portraits faisaient-ils tous la tronche ?

(…)

Alors comment l’art s’est-il peu à peu déridé ? Au Musée du Louvre, non loin de Mona Lisa et de son mystérieux sourire, est accroché un autoportrait d’Élisabeth Vigée-Lebrun avec sa fille. Ce tableau de 1786 est considéré comme le premier de la Révolution du sourire qui se produisit et se répandit depuis Paris au XVIIIe siècle. »

 

Les street artistes de Oaxaca (Collectifs URTARTE, ASARO, entre autres) ont pris le sujet des masques Covid19 à bras le corps, en parsemant le centre-ville d’œuvres éloquentes, des grands portraits peints à l’acrylique et des gravures. Voici la livraison de cet été 2020 vraiment étrange, au sourire parfois un peu torve : Infirmières, lutteurs de lucha libre, masques précolombiens, loups de Venise…

Le sujet est vaste et le débat sensible actuellement en France : pour  ou contre le port de masque, son utilité en terme sanitaire et particulièrement l’intérêt de ces masques face à un virus mortel (lire Le temps des nouvelles croyances), couvre-bouches fait maison ou industriels, en non-tissé made in China et hautement polluants pour l’environnement. Recyclage de ces masques, protection réelle ou effet placébo, désagréments physiologiques, respiratoires, remise en cause des pratiques au quotidien…

La mort de Georges Floyd le lundi 25 mai à Minneapolis, USA a suscité l’indignation dans tout le pays, puis dans le reste du monde. Cet Afro-Américain de 46 ans a succombé, suite à son arrestation musclée par un policier qui l’immobilisait avec un genou sur le cou. L’émotion a dépassé les frontières américaines, et des appels à rendre justice à George Floyd se multipliaient sur les réseaux sociaux dans plusieurs pays.

« I can’t breathe » (je ne peux pas respirer), a-t-il protesté, avant de mourir. Comme lui, on a envie en ce moment anxiogène Covid19 digne d’un thriller de crier, avec ou sans mascarade :

« De l’air, on ne peut plus respirer ! »

Mais pour rester sur une note festive, prenons congé avec cette vidéo délicieusement régressive et vintage de la Compagnie créole, avec sa chanson fétiche « Au bal masqué » qui fait remuer le sang et danser, un excellent remède contre les virus de l’apathie ou du stress post-Covid19.

 

 

« Décalécatan, décalécatan, ohé, ohé…

Au bal, au bal masqué, ohé, ohé

Elle danse, elle danse, elle danse au bal masqué

Elle ne peut pas s’arrêter, ohé, ohé (…) »

Le bal masqué  – la Compagnie créole

 

Les illustrations sont des photos d’œuvres récentes de Street art, présentes cette fin d’été 2020 à Oaxaca de Juaréz, dont le centre-ville est en train de retrouver un certain rythme commercial et culturel, accompagné de la nonchalance qui sied aux villes touristiques.

Florent Hugoniot – Oaxaca, été 2020

Pourquoi les portraits faisaient-ils la tronche ? | Gymnastique | ARTE Creative

https://www.facebook.com/creative.arte/videos/664228371057148/?v=664228371057148

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Un commentaire pour Le bal des masques

  1. Un commentaire trouvé sur LGS et qui nous plait bien par ici :

    14/08/2020 à 10:00 par Jean-Yves Leblanc

    La ferme aux animaux d’Orwell (adaptation).

    (Les animaux d’une ferme ont fait une révolution pour se débarrasser du cruel fermier. Ils ont établi une république des animaux, mais, très vite, les cochons s’emparent du pouvoir et leur chef, Napoléon, est devenu un despote)

    « … Trois poules, particulièrement critiques avant la révolution, s’étaient mises à porter des lunettes et à fréquenter le palais des cochons. Elles traversaient la cour d’un air affairé avec des dossiers sous l’aile et expliquaient à toute la basse cour qu’il était juste que la ration de grain diminuât car trop manger nuisait à la santé et épuisait les sols. Deux moutons devenus savants en lisant les livres du fermier mis à la disposition de tous dans une étable mais désormais remis sous clé, expliquaient quant à eux que la ration de foin devait diminuer pour le bien de tous car manger trop d’herbe provoquait des gaz qui, à n’en pas douter, feraient périr toute la communauté. Un jour, Napoléon fit un discours au milieu de la cour. Il expliqua qu’une grande et terrible maladie allait frapper les animaux. Les vaches se souvenaient d’une fièvre qui donnait des aphtes. Les poules se rappelaient avec effroi d’une certaine grippe. Les moutons avaient entendu dire qu’un des leurs était mort dans de terribles tremblements. Ils acceptèrent donc sans broncher d’être enfermés dans de minuscules boxes.

    Napoléon, en grand secret avait conclu un marché avec un fermier d’une autre vallée : il allait lui remettre ses camarades animaux en échange de certains petits cadeaux ! Il réunit le Conseil des Sages qui avait fort opportunément remplacé le Parlement initial (des Sages qui, eux, étaient bien nourris) et expliqua que, la maladie progressant, il fallait désormais que tous les animaux se missent la tête dans un sac afin de s’en protéger. On utiliserait à cet effet les nombreux sacs vides stockés dans la grange. Une sortie quotidienne de « bien-être » serait organisée chaque matin au lieu et place du repas et, le port du sac empêchant d’y voir clair, les animaux avanceraient en file indienne encadrés par les chiens de garde de la ferme, passés au service des cochons. A ceux qui trouvaient cela un peu fort, on expliqua que la liberté était chose bien égoïste et que le port du sac était un geste d’altruisme citoyen dont les inconvénients – perte de la vue et de l’expression – étaient fort mineurs.

    Une nuit, des bétaillières vinrent discrètement stationner derrière la ferme. A la sortie du lendemain matin, la file aveugle des animaux ensachés se forma et, croyant oeuvrer au bien collectif, chacun entra dans les bennes d’acier. Il y eut bien quelques vieux boucs qui, flairant le danger, protestèrent mais on leur rappela séchement que leur incivisme mettait les autres en danger et que leurs récriminations étaient fort blessantes pour ceux qui comprenaient l’évidente nécessité des mesures prises par Napoléon. Un chien mordit même quelques jarrets. Un grand âne, qui lui aussi s’était mis à porter des lunettes, expliqua autour de lui qu’au lieu de se préoccuper de ces stupides histoires de sacs, on ferait mieux de s’interroger sur la baisse des températures qui était intervenue à l’approche de l’hiver et sur l’oppression que la chasse faisait subir aux frères animaux sauvages dans la forêt lointaine…. »

    https://www.legrandsoir.info/le-masque-et-la-vie.html

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