Le temps des nouvelles croyances

Ce texte propose une réflexion sur le « moment Covid19 », avec en toile de fond un regard en miroir entre la société française et la société mexicaine, après un tour d’horizon des forces en présence sur le terrain mondial. Les illustrations, des œuvres du street art parsemant les rues du centre-ville de Oaxaca, sont libres de droits.

« Et chacun croit fort aisément
Ce qu’il craint et ce qu’il désire. »

Jean de La Fontaine – Fables, le Loup et le Renard

Les croyances font-elles partie désormais d’une époque révolue ? Il est permis d’en douter, au vu de l’enchainement des réactions de peur et de panique que l’apparition d’un nouveau virus mortel, le Covid19, a généré dans nos sociétés globalisées du XXIe siècle.

On avait plus ou moins constaté, depuis le Positivisme initié par Auguste Comte – mouvement philosophique apparu au XIXe siècle, et reposant sur la validation de la connaissance à épreuve des faits – que la Science, en parallèle des immenses progrès qu’elle a permis de faire dans pratiquement tous les domaines, principalement dans la philosophie, la médecine, les arts et les techniques, avait pris en quelque sorte la place laissée vacante par la religion chrétienne, en perte de crédibilité et d’emprise sociale depuis le XVIIIe siècle des Lumières. Or la science fut et reste le principal levier dans l’essor de l’Occident pour sa suprématie mondiale. Si cette avance scientifique était talonnée et parfois devancée par l’ancien bloc soviétique (ex-URSS et satellites, pays de l’Europe de l’Est, Cuba) pendant l’époque de la guerre froide, notamment au niveau nucléaire et pour la conquête de l’espace, la longue suprématie de l’Occident est aujourd’hui véritablement contestée par les sociétés asiatiques (Asie du Sud-Est, Chine et Inde). Le Japon ayant été, depuis l’ère Meiji, un intéressant modèle de composition entre le respect des traditions et de la culture  propre à ce pays, et de la « modernité » internationalement partagée et multipliée, tout en faisant partie du camp occidental depuis sa défaite dans la seconde guerre mondiale. En parallèle, les pays membres de l’OTAN sous leadership étasunien, voient aussi leur stratégie de domination militaire de plus en plus mise à mal dans leurs anciennes zones d’influence comme le Moyen-Orient, l’Amérique latine ou l’Afrique. Lire la suite

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Santos desconocidos de Oaxaca, signés MWH

Ces derniers mois se sont multipliés dans les rues de Oaxaca, des portraits peints à la gouache sur petit format, collés sur les murs des immeubles catalogués et les façades multicolores du centre-ville historique. Chaque portrait, qui semble inspiré par un personnage réel, est entouré d’une auréole lui conférant une forme de sainteté byzantine et d’éternité dramatique, inspirée des Symbolistes de la fin du XIXe siècle. Ces gouaches aux traits de pinceau vigoureux sont signés MHW, parfois Memo ; mais une recherche sur la Toile n’a pas permis d’en savoir plus sur cet artiste urbain. On peut au minimum constater que MHW est particulièrement inspiré par les modèles féminins, et avancer que le portrait masculin ci-dessous est possiblement un autoportrait. Lire la suite

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Le cerro San Felipe

 

Alberto s’était réveillé ce dimanche avec un désir et un objectif réunis sous une même forme : le cerro San Felipe, une éminence montagneuse qui s’élevait chaque jour face à lui, au nord de son appartement.

Du deuxième étage, il avait une très belle vue dont il pouvait profiter à toute heure, un panorama de 300 degrés donnant du Sud-Est au Sud-Ouest. C’était d’ailleurs en grande partie pour cette vue qui embrassait la ville et ses environs, où survolaient les chaines dispersées des vallées centrales de Oaxaca, qu’il avait élu domicile dans ce quartier populaire. Son logement se situait en pointe d’un bâtiment vert pâle de deux étages, émergeant de la nonchalante horizontalité urbaine, livrée au soleil, à la pluie et aux quatre vents, tendu vers l’extérieur et l’écume des jours telle une proue de bateau.

C’était une journée parfaite pour une balade matinale à vélo. Mais plus que cela, Alberto ressentait que cette journée à peine en éclosion serait le temps et le lieu d’un moment précieux, patiemment ouvragé dans la douce pénombre de ses songes. Lire la suite

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Carnaval de San Martín Tilcajete, Oaxaca 2020

San Martín Tilcajete est un village qui se trouve à une vingtaine de kilomètres au sud de Oaxaca. Ce municipio est très réputé au Mexique pour sa production d’alebrijes, ces animaux fantastiques aux formes composites, sculptés dans du bois, assemblés puis finement peints, aux gammes de couleurs sophistiquées et souvent intenses. Les alebrijes ont fait le tour du monde dans les magazines de déco et les musées, et je laisse juste deux lien ici et , afin de vous faire une idée si vous n’êtes pas encore tombé sous le charme azteco-oriental de ces dragons, cervidés, chats et guépards au regard halluciné, hypnotisants. Lire la suite

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Zapata gay

“La Revolución”, peinture à l’huile sur toile, Fabián Chairez – Foto: Instagram @fabian_chairez

À l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Emiliano Zapata Salazar dit El Caudillo del Sur (8 août 1879 – 10 avril 1919), une polémique enfle au Mexique autour de cette icône de la Révolution mexicaine. En effet, encore pour des millions de personnes dans ce pays et dans le monde, Zapata incarne la race, la terre, la lutte sociale et la sexualité du Mexicain. Depuis la mort du héros révolutionnaire, l’image d’Emiliano Zapata est devenue le symbole de différents mouvements comme celui étudiant de 1968, ou le soulèvement zapatiste indigène du Chiapas en 1994 qui se maintient fermement encore aujourd’hui. Lire la suite

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Haut les murs ! Asaro, Oaxaca 2019

Retour à Oaxaca de Juarez, où les murs du gymnase de l’ancienne Université de Droit se sont couvert de collages géants en une nuit. Le collectif militant ASARO, bien connu par ici, a encore laissé sa trace dans le centre-ville historique de cette belle ville coloniale, en créant une impressionnante mise en scène de la servitude involontaire, en images très fortes : une petite brochette d’acteurs de la répression et du pouvoir, des forces du désordre, de bien laids êtres à têtes d’animaux, tels des anti-Dieux égyptiens plaqués brutalement sur une facade, attirent inévitablement l’oeil par leur présence graphique. Lire la suite

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Besoin de réalités (3)

La réalité et la philosophie occidentale

 

 

Interlude

 

Suite au premier chapitre de cette étude (Besoin de réalité 2), nous changeons de type de civilisation, en passant de la période antique à la période chrétienne : autre époque, autres mœurs, mais surtout autres paradigmes et manières de penser, de représenter notre univers. Avant d’aller plus loin dans l’Histoire, revenons un moment à la Grèce antique, creuset de la philosophie européenne puis occidentale, pour faire une synthèse et surtout évaluer les changements progressifs des modes de pensée, les dialogues et ramifications qui se sont élaborées entre les principaux penseurs ou courants philosophiques, depuis l’Antiquité à nos jours. Pour autant, il ne s’agit pas de faire un récapitulatif exhaustif de la Philosophie moderne, mais de pointer ça et là dans le temps, des évolutions remarquables au sujet du thème principal, la perception de notre réalité. Cet interlude fait la transition entre deux périodes particulières de l’humanité. Lire la suite

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Bajo la bóveda azul cobalto / Sous la voûte bleu cobalt

Roberto Gil de Montes, Angélica Vásquez Cruz y Víctor Ángel García Vásquez – El inframundo, 2018 – cerámica de Atzompa tratada con añil, cochinilla, engobes y lápiz sobre papel

 

J’ai eu l’heureuse surprise de découvrir lors d’un court séjour à la Ciudad de Oaxaca, de justesse avant sa clôture, la très belle exposition collective Bajo la Boveda azul cobalto (« Sous la voûte bleu cobalt ») qui se tenait au MACO – Museo de Arte Contemporaneo de Oaxaca, prestigieux espace d’exposition crée par l’artiste mexicain Francisco Toledo et situé en plein centre touristique de la ville – du 30 novembre 2018 au 14 juin 2019.

Cette exposition présente le fruit d’une collaboration entre 13 artistes pour la plupart étasuniens venus de Los Angeles, mais aussi de New York et même de la région parisienne, et 13 artisans d’art, ou artisans traditionnels locaux. Le propos était de créer une fusion artistique et technique entre des univers assez éloignés, et le pari est réussi au vu des œuvres et propositions crées pour l’occasion. L’artisanat typique de l’État de Oaxaca et du Mexique plus largement, telles la céramique, le tissage, la vannerie, les piñatas, ou encore la gravure sur bois et la photographie à l’ancienne, se sont mariés à merveille avec les thèmes et problématiques que les artistes avaient ramené dans leurs valises depuis les USA. Lire la suite

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Bain de jouvence à LLano Grande

En ces temps de grandes chaleurs estivales, je vous propose une ballade le long d’une petite rivière fraîche, qui serpente pendant quelques kilomètres jusqu’aux majestueuses chûtes d’eau appelées Llano Grande, à mi-hauteur de la Sierra Madre, au sud du Mexique dans l’État de Oaxaca.

C’est une sortie qui s’effectue en minibus en partant de la côte pacifique et qui dure une journée entière car il faut une heure et demi environ, par exemple depuis Huatulco, pour arriver à la rivière Copalitilla, avant de cheminer sur un petit sentier jusqu’aux cascades qui se succèdent en large escalier. C’est une expérience rafraichissante et revigorante que je conseille vivement. En outre, cela permet d’avoir un autre point de vue de la région, en parallèle des magnifiques baies et plages de la côte pacifique de Oaxaca. Il y a exactement trois destinations pour les Cascadas Mágicas, Copalitilla, Llano Gande y Las Brisas, qui font partie de la municipalité de San Pedro del Puerto. Mais nous resterons ici à LLano Grande (qui signifie « grande plaine », assez paradoxalement pour ce lieu encaissé), la plus impressionante des trois cascades. Lire la suite

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Besoin de réalité (2)

La philosophie grecque et la réalité

 

Platon a fait, avec l’allégorie de la caverne, la démonstration que ce que les hommes dans leur grande majorité croient être la réalité, ne sont que des ombres projetées, des images manipulées par des magiciens qui entretiennent un feu par devers eux, comme un faux soleil. Les hommes et les femmes, qui sont prisonniers, attachés à la paroi de la grotte, ont bien du mal à sortir de leur ignorance, même lorsqu’on les délivre et qu’on les pousse hors de l’obscurité pour rejoindre le monde intelligible des Idées, qui sous-tend véritablement le réel. Lire la suite

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