Flottements

El Puerto de Veracruz, qui s’ouvre sur le Golfe du Mexique, la mer des Caraïbes, et plus loin encore l’Océan Atlantique, est le premier port de commerce du Mexique. C’est ici que débarquèrent les Espagnols en 1512 pour faire le premier pas de la Conquista, en tombant le premier domino dans la chute de l’empire aztèque, agrandissant celui de Charles Quint et sa descendance. Pendant longtemps, Veracruz fut l’unique porte d’entrée et de sortie des marchandises du pays en direction de l’Europe, et cette exclusivité fit sa fortune relative, puisque l’or, l’argent allaient surtout remplir les caisses de la couronne espagnole – ou les navires pirates qui pullulaient dans la zone ! Mais les denrées exotiques comme manufacturées s’y sont progressivement échangées. L’immigration est venue de toutes les lattitudes, Occident et Orient se renversant ici les rôles.

Aussi, le métissage des populations qui s’y produisit (principalement entre Indiens natifs, Européens et Africains mais aussi Libanais, Syriens, Juifs) accoucha d’une culture créole propre. Ses habitants ont hérité du surnom de Jarochos. La musique au son des marimbas, la cuisine veracruzana en sont un aspect, le carnaval également. Il y flotte un parfum de sensualité et de nonchalance propre aux ports et à leur tolérance pour l’étranger comme pour l’étrange. Ce trait est aussi dû ici à la légèreté créole, à la consommation de fruits de mer, à l’air chaud, humide et iodé qui y règne toute l’année et agite les palmiers, ainsi qu’à la nostalgie de contrées mystérieuses cachées derrière l’horizon.

Cependant, de cette atmosphère littéraire et populaire, il ne reste aujourd’hui pas beaucoup à se mettre sous la langue, comme si depuis son dernier âge d’or, vers 1930 avec notamment la figure du poête-musicien Augustin Lara, la ville avait progressivement glissé vers le trivial, l’utilitaire, et au final perdu son âme. L’insécurité permanente de l’État de Veracruz, mafias, disparitions et trafics en tout genre, ou le détournement massif d’argent public du dernier gouverneur n’y sont pas étrangers bien sûr. Parallélement, son autre richesse, culturelle et historique, est surtout devenu un alibi touristique : le centre-ville est dans un sale état, sans évidente ambition de se régénérer ; le Malecón (promenade du front de mer) n’est pas vraiment réputé pour son glamour, ni pour son charme particulier, et Veracruz ne peut décidement pas se comparer à d’autres grands ports ou villes maritimes, de celles qui qui vous emmènent réellement loin au large, comme Marseille, Buenos Aires ou même Mazatlán sur la côte pacifique du Mexique.

J’ai cherché cette allégresse tant vantée de la Ciudad jarocha, et je ne l’ai point trouvée, malgré la gentillesse de ses habitants. Ni dans les marchés populaires, ni dans les ruelles où résistent encore quelques maisonnettes originelles en bois, ni sur le zócalo et encore moins dans les nouveaux quartiers au Sud, Boca del Rio, avec ses grandes artères et ses nombreux centres commerciaux, hôtels et autres installations pour touristes dernier cri.

Alors, marchant lentement comme les groupes de Mexicains, j’ai regardé les bateaux et fait quelques photos, en pensant à une autre port, icône créole : Cuba, la Havana.

Car l’océan toujours lave les yeux, le corps et l’âme, nettoie les amours mortes, ouvre des espaces de liberté, dévoile le champ du désir et des possibles.

Florent Hugoniot@Photo

 

 

 

 

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