La part de l’Autre

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Oui, c’est vrai.

Je n’ai jamais supporté ta disparition. Comme un voleur tu es parti, toi encore, toi aussi. Tu m’as volé mon cœur, déchiré mes entrailles en emportant un bout de moi : cette partie qui ne t’était pas destinée, pas celle-là, pas celle que je souhaitais te donner. Car ce que je couvais en mon fort intérieur, la part la plus belle, c’est cette fleur que j’arrose chaque matin et que je te réservais. Au lieu de cela, tu n’as emporté que du moche, une graine de folie, de mauvaises herbes arrachées avec leurs racines et de la terre avec. Tu m’as laissé tout sec, tout retourné.

Et pourtant tu ne m’as pas libéré. Bien au contraire, un poids pèse davantage sur mon plexus. Mon sexe s’est recroquevillé, mon ventre s’est desséché alors que toute l’attention que je te portais étirait mon désir, vivifiait mon âme et défrichait le chemin sur lequel, léger, je m’élançais en pensée vers toi. Aujourd’hui, je ne remue que de la boue, celle que je te jette désormais au visage.

Peut-être qu’avec cette terre fertile, je ne modelais patiemment que des volumes vagues, espérant que prenne forme un alter ego sur lequel le masque de ton être est venu se poser.

Oui, certainement, je le sais maintenant, j’ai composé une belle image de plus. Un mirage de trop. Je t’ai habillé de lumière. Comment as-tu pu ensuite me recouvrir avec tant de haine et de laideur ??

Pourtant je t’ai façonné d’un trop plein de moi, trituré, toi aussi je t’ai malaxé, manipulé, ensemencé, fourragé. Je suis rentré en toi si profondément que j’ai touché au plus intime de moi-même. Je t’ai respiré et je me suis saoulé de l’odeur de ta peau, de ton souffle et du parfum de tes attentes. Tu m’as fauché en pleine germination. Le vertige de nos nuits ne m’aura donc donné nul point d’appui. Le vide de ta présence, je le comble de ma colère, celle qui déjà me poursuivait et que tu as fini par nourrir. Que pouvais-je espérer de plus sensible après cette nouvelle chute ?

Maintenant que je me suis rengorgé de tes silences, que j’ai enfoncé mes doigts au plus profond de ma bouche, mes paroles sont creuses. Je parle aux murs qui t’on soutenu, à cette porte qui t’a vu disparaître. J’en veux à ces fugaces fleurs de cactus qui ont su projeter, jour après jour, le rouge vif d’un espoir vain. Je leur en veux de m’avoir fait croire au miracle de la vie.

Ne me reste que cette amertume qui dégouline comme une épaisse encre noire, de ma langue à mon nombril, de mes yeux à mes orteils. Mes pieds glissent et ne tiennent plus en place, le sol me pique. Où que j’aille, j’avance vers des lieux où hier encore tu te tenais, tu t’allongeais, tu te répandais, tu te dévoilais entièrement. Tu t’es ouvert aux quatre vents et ton absence résonne étrangement.

 

 

X

 

Non, en fait j’ai fabriqué ta disparition, je t’ai même inventé. J’ai réécrit notre rencontre, je t’ai aspiré, vidé de ton essence. Cela fait bien longtemps que ton parfum s’est évaporé de mes draps. De ces moments divins, tu n’as donc rien gardé ? Qu’as-tu ressenti ?? Tu as pourtant pleuré de joie sur mon oreiller. J’ai vu ton cœur s’épancher mais c’est la mort qui a bu tes larmes. Ou bien un autre…

Regarde, j’ai ouvert le livre de notre histoire. Il redevient tout blanc. Les pages inutiles se brouillent. Les mots laids s’effacent les uns après les autres, toutes ces pensées dérisoires. Les vieux espoirs aussi, lavés, lessivés. Ce dimanche lumineux que j’attendais, il s’est aussi évaporé devant trop de désir de pureté !

Il n’y a plus rien, rien que toi et moi. Notre chemin se dessinera dans un pas de deux. On avancera comme cela, un chapitre pour mes pleurs, le suivant pour ton rire, ou vice-versa. On fera des pauses, car le rythme de notre chant, je ne le connais pas plus que toi. Nous saurons vibrer en silence, l’un en face de l’autre. Je te laisserai prendre ma plume quand tu le souhaiteras. Mais parle, crie, exprime-toi bon sang !!

 

X

Je contemple maintenant une immense page vierge sur laquelle tu débordes des marges.

Viens, reprends vie, vite, on pourra tout recommencer.

Vois comme cette parenthèse s’incline, elle ressemble à ton sourire :

; ))))) )  )   )     )      )            )

 

Florent Hugoniot – Paris, le 18 juin 2018

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