Jardins de pierres

 

La plage, le désert sont des espaces de liberté dans lesquels viennent mourir des amours et renaissent des préoccupations triviales, comme lavées par les éléments, purifiées. Ce sont de grandes pages blanches sur lesquelles fleurissent des pierres et des coquillages, et quelquefois un galet de porcelaine blanche, translucide, ou cet autre, ocre jaune, celui-ci encore, vert d’opale ou bleu écume qui attire le regard. Toutes ces empreintes étoilées viendront marquer cette journée, cette promenade, d’une lumière unique et fulgurante comme un premier rayon de soleil. Familières petites pierres qui balisent notre chemin de vie, petits pivots d’existence sur lesquels s’appuient nos désirs d’élévation, repères anonymes, constellations minérales n’appartenant à  personne et à tout le monde.

Pour toi, pour moi ce jour-là. Points de nulle part d’où se dressent des révélations, de divines intentions, où on s’avance parfois vers des résolutions comme sur un pont en construction.

Quelquefois, le corps se penche pour ramasser une coquille nacrée, un bout de roche patiemment arrondi et lissé par le mouvement des vagues, le frottement des dunes. Ce poids léger sur la paume, une preuve de notre présence physique au monde. Et la main devient le réceptacle d’un morceau de l’univers. Du bout des doigts, des grains de sable s’envolent dans l’air vierge du matin.

Alors on peut s’en retourner à la ville, à la vie, rassuré car nous avons retrouvé le cordon ombilical de toute existence sur Terre, notre lien cosmique. La preuve ? Un nombril de calcaire, un œil de quartz et de mica, un cœur de corail bien caché au fond d’une poche.

Regarde ces merveilles ! C’est pour toi que je les ai rapportées, pour que s’ouvre ton esprit et tes pensées, sur un au-delà, ici, maintenant, à portée de main.

Voici mon festin de pierres, régal de de bois flotté et de bris de verre polis. Des pierres multicolores, chacune chantant sa beauté propre, mutines, douces et coquines, insistantes.

Voilà le jardin de ta peine, le lac de ma douleur, le parterre de tes folies, le labyrinthe de tes désirs, la rivière de nos espoirs, la pêche miraculeuse de nos bonheurs, la quête de notre destin.

Ce jardin de pierre, c’est ta tristesse qui pleut et se répand, c’est ma joie qui s’envole en mille arcs-en-ciel.

Ce jardin, c’est le mien, c’est le tien. Notre marge de vérités, un point dans l’univers.

Je glisse dans la faille du temps cette petite pierre blanche.

Pour que tu n’oublies pas que je suis passé par là.

Toi, mon plus beau miroir.

Florent Hugoniot

 

Photo© Florent Hugoniot

Photo© Arjang Aghajari / Alireza Ghezelayagh

Le Jardin de Pierre – Parviz Kimiavi – Derviche Khan

Le Jardin de Pierre (« Bâq-eé sangi ») est un film datant de 1976, du réalisateur iranien Parviz Kimiavi. Celui-ci a étudié en France à l’École Louis Lumière et à la Femis (connue aussi comme l’IDHEC, l’Institut des hautes études cinématographiques) et est l’une des plus remarquables figures du cinéma perse du XXe siècle. On peut voir dans ce film très atypique et solaire de magnifiques images du Derviche Khan, un berger soufi iranien, sourd et muet, dansant au milieu de son jardin de pierres, sa création magique dans les environs de la ville de Sijan en Iran.

En voici un extrait :

Je vous conseille ce site (en anglais) pour découvrir le personnage du Derviche Khan, amoureux de son désert et des éléments, sur 2A – Architecture & Art Magazine

Stone Garden of Sirjan – The Eternal Garden of Stones

By Saba Jaberolansar

Photos copyright of Arjang Aghajari and Alireza Ghezelayagh

 

Et aussi Florent Hugoniot mobiles

 

 

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2 commentaires pour Jardins de pierres

  1. Belle évocation, cela me parle. Et me fait penser aux oyats de la côte d’Opale dont l’extrémité des feuilles recourbée par le vent traçaient des cercles sur le sable blanc ; à travers l’oyat, la nature avait inventé le compas !
    La Nature s’offre à nous, il suffit de savoir regarder, et ne pas piétiner ses trésors intimes.

    • La nature est un enseignement permanent, la nature est naturiste : elle montre beaucoup de choses mais elle se dévoile à ceux qui veulent ardemment voir et savoir.

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