Trois contes d’hiver – 3

Playa Mermejita, Oaxaca

Z

Le panteón de Punta Cometa

Rarement j’aurai découvert un cimetière aussi vivant. Certainement du fait du culte des morts répandu au Mexique – les Oaxaqueños vouent beaucoup de respect à leurs ancêtres – mais aussi de son emplacement au croisement des chemins. Ce panteón surgit à la fin d’une route qui grimpe sèchement depuis la plage principale de Mazunte en direction de la prééminence rocheuse appelée Punta Cometa ou la sauvage plage Mermejita en contrebas, avec ses fameux couchers de soleil. Cet itinéraire est de plus en plus emprunté, la côte de Oaxaca étant devenue peu à peu un des fleurons de l’industrie touristique mexicaine tant au niveau national qu’international.

Le petit cimetière pittoresque semble à peine sorti de la terre et sans âge. Il n’a pas de muret ni de porte principale. Chacun peut y pénétrer comme il veut, même si cet espace sacré n’est jamais foulé par les pieds des touristes. Il accueille sans distinction d’âmes celles des premiers pêcheurs établis dans la crique, pas plus de 3 ou 4 familles, puis celles des commerçants venus de Puerto Escondido ou de plus loin dans le pays, celles des chasseurs de tortues marines, celles des familles natives qui ont prospéré grâce à la l’explosion de écotourisme et ont participé à l’essor de cette zone côtière, à ses mutations.

Selon l’heure, le flux irrégulier des locaux et des vacanciers baigne les dalles de béton et les maisonnettes en bois peintes de couleurs vives. On dirait un village de nains en chantier ou encore des cabanes d’enfants, avec ses arbustes, ses petits sentiers se frayant passage entre les constructions hétéroclites et les amas de terre ocre, laissés là après les funérailles. Chaque jour, des familiers viennent déposer des rameaux, rallumer une bougie dans une niche, repeindre des croix en blanc.Tandis que des ouvriers creusent, cimentent par endroit et réorganisent en permanence le terrain en tapant la causette. C’est un cimetière marin de seconde classe, car il n’a pas la vue sur le large. Le lieu évoque plutôt un micro-oasis urbain au milieu de la végétation serrée.

Le style des sépultures est résolument simple, rectangulaire ou triangulaire et coloré. De petits toits de tuiles en plastique surmontent certains emplacements. De nuit, c’est toujours un apaisement de contempler ce panteón illuminé en permanence avec des cierges rouges, bleus ou verts parcimonieusement disposés devant les tombes, à côté de petits bouquets floraux. Il demeure un repère nocturne, un foyer dans dans la douce obscurité.

A

Le petit cimetière de Punta Cometa, Mazunte, Oaxaca

***

Mazunte est célèbre pour son culte aux tortues de mer, avec notamment le Centro Mexicano de la Tortuga et la liberación des tortues à peine écloses. Leurs œufs sont méthodiquement préservés des curieux ou des contrebandiers en période de ponte par des inspections et des prélèvements de nids sur les plages environnantes. Les tortues arrivant par troupeau de nuit, cela rend les opérations plus délicates et dangereuses parfois. Même depuis que leur chasse a été catégoriquement interdite en 1971. Mais ce n’est qu’en 1990 que le commerce de viande et d’œufs de tortue a été interdit par le gouvernement fédéral mexicain…

Jusqu’aux années 70, Mazunte, avec la ville voisine San Austinillo, était le centre principal de la chasse aux tortues marines au Mexique, et possédait son propre abattoir. La préoccupation des autorités pour la diminution du nombre de tortues au fil du temps a conduit à une interdiction absolue de la vente de viande et œufs, supposément aphrodisiaques. En 1988, le nombre de nids est tombé à 100 000 sur une moyenne précédente de 900 000. Après le moratoire sur les tortues marines, il a de nouveau augmenté rapidement

Pour remplacer cette industrie (ce qui ne s’est pas fait sans problèmes avec les familles dépendant exclusivement de la pêche aux tortues, celles qui ont construit grâce à une part de leurs bénéfices la petite église moderne de la ville), l’écotourisme naissant s’est basé sur la conservation des tortues et le développement de cosmétiques naturels. La pionnière en cosmétique a été l’entreprise Pesquera Industrial de Oaxaca (PIOSA), qui a commencé à s’inquiéter de l’exploitation des tortues marines en proposant une industrie basée sur l’élevage et la libération des tortues dans l’océan, ainsi que le suivi de la capture commerciale.

En 1993, Anita Roddick, fondatrice de The Body Shop, invitée à visiter Mazunte, est tombée amoureuse du village. Impressionnée par les efforts déjà déployés, elle propose de distribuer des cosmétiques fabriqués ici avec des ingrédients locaux. Ce qui aboutit à la création de Mazunte Natural Cosmetics, une corporation de quinze familles qui produisent et vendent leur propre ligne de cosmétiques depuis 1996. La communauté s’est déclarée « Réserve économique écologique paysanne »et a arrêté la chasse aux tortues, travaillant au contraire pour leur préservation et montrant l’exemple aux habitants encore récalcitrants. Heureusement, la prospérité apportée par le tourisme a finit par convaincre les plus rétifs, et Mazunte fait partie depuis 2015 du label Pueblos Mágicos, un programme du Ministère du Tourisme mexicain.

Le nombre d’œufs de tortue est passé de 60 000 en 1988 à près de 700 000 en 1995 et leur nombre est en augmentation constante.

Florent Hugoniot


Champ d’agaves dans la vallée de Zaachila, Oaxaca

Matin calme

Le vent fait vibrer les alignements des pales gris-bleu dressées à l’assaut du ciel.

Ondulations aléatoires sur un océan d’agaves,

espace quadrillé, horizons fuyants.

Un aigle plane au zénith.

FH

B

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SOURCES :

https://es.wikipedia.org/wiki/Mazunte

https://www.gob.mx/sectur/articulos/mazunte-oaxaca

https://pueblosmagicos.mexicodesconocido.com.mx/oaxaca

https://mx.latinoplaces.com/oaxaca/cabins-balamjuyuc-424804

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