La part des choses

Théâtre de la Mer, Sète, juillet 2018

Un Tour de France… C’est de cela dont j’avais envie, un désir dévorant du pays natal, comme un beau fruit à croquer qui aurait mûri en pensée. Envie de rassasier cette envie, de me laisser glisser sur les routes et les rails, sur les sentiers de France. De tracer des itinéraires sur la carte. Envie de voir ou revoir différents paysages et architectures, les personnes qui y sont associées. Revoir des visages aimés pour aimer dévisager la foule estivale. Pour me poser et me fuir à la fois. Rester suffisamment détaché pour être spectateur, visiteur de ce pays tant illustré, rêvé, imaginé de loin désormais.

Mais que mon corps retrouve des supports, des limites, mon esprit ses marques. Les suaves odeurs des arbres, le chant obsédant des cigales, le cri des mouettes, des chansons. L’eau qui coule, irrigue le pays, de la montagne à la mer. Envie de sens et de fraicheur, de la caresse du soleil, de ses clins d’oeil à travers les feuilles et au creux des vagues.

Je suis entré dans des musées, des églises, des salles de concert, J’ai marché dans des rues, sur des places, à la plage, à la campagne. Dans des commerces, des marchés de Provence. Et j’ai vu, j’ai entendu le retour au pays. Des jardins remplis de fleurs et de fruits d’été, pois de senteur, géraniums, cerises, pêches, abricots… L’abondance, le désir de profusion.

Le parfum du tilleul et du chèvrefeuille particulièrement. L’impression de sécurité, de générosité. La peau toute blanche, onctueuse, transparente sous le soleil du Midi d’un corps irlandais. Hors des circuits marchands. Les yeux s’ouvrent et se pénètrent : ces moments-là n’ont pas de prix. Ou plutôt si, la trahison au système consumériste étalé partout. Et cela se paie comptant, car tout a un prix maintenant.

Je me mets dans la peau du Perse de Montesquieu. Et j’avance. En France. Dans le monde. En écriture. Malgré les tracas passagers, je suis mon chemin. Et on avance. Vers quoi ? Je ne sais pas mais j’ai comme l’impression d’une marchandisation toujours plus vive du monde, du territoire. Sur la côte caraïbe du Mexique, avec la privatisation des plages par les hôtels all inclusive. En France où la pensée néolibérale est devenue si naturelle que les échanges, les intentions et les gestes semblent en voie d’évaluation, hormis l’intime. Et encore…

Cela faisait quelques jours que j’étais à Paris lorsqu’il se passa dans le métro un échange intéressant et significatif. Une folle – bon, pas vraiment, à demi, une femme seule qui tournait en rond dans ses pensées. Elle disait tout ce qui lui passait par la tête la pobrecita ! Elle s’inquiétait pour les rats entre les voies puis pour un chat dans la rue. Encore plein de buena onda mexicaine, je lui fis un sourire et répondit à son apostrophe. Son visage papier chiffon s’ouvrit, heureux, et s’anima d’un beau sourire, de ceux qui s’envolent comme des papillons. Voilà ! Il m’arrive parfois avec ma cousine Isa de croiser des follettes, d’avoir des échanges avec des dérangées du ciboulot dans la rue. J’aime ces personnes borderline, sous tension. Je les accepte telles qu’elles sont. Entières et urgentes. Je les attire possiblement. En moi.

Le MOI et le JE

C’est beau Paris. C’est lisse. C’est une ville esthétique, une ville ergonomique, une ville cinématographique. Je ne vois que de belles personnes, à l’aise, souriantes, bien mises. Une ville qui se serait convertie en une immense publicité taille réelle pour elle-même, pour le tourisme, pour l’immobilier, pour l’amour de l’art, pour la vie si douce et si facile, si fragile, si factice…

L’ensemble du pays s’est réfugié dans les clichés, a fuit dans les faux-semblant et l’espace intime : retour à une nature forcément bio, souci de soi et écoute de ses mouvements intérieurs. L’expression du MOI a progressivement surpassé celle du JE, car le jeu social actuel ne permet plus de réfléchir et de débattre, juste de ressentir et partager des émotions, vivre des sensations, des pulsions d’achat, soigner ses petits allo maman bobo, vivre ses rêves d’ado…

Le MOI est devenu capricieux comme un enfant livré à ses seuls désirs immédiats, souvent violents et exclusifs. Dictatorial, couronnant l’architecture sociale, il s’est en même temps satellisé, avec l’aide des réseaux sociaux qui starifient le moindre geste quotidien ; tandis que le JE de la centralité et de la temporalité s’efface, et avec lui l’esprit de synthèse, de la critique constructive, l’engagement dans la société réelle, la lutte pour ne pas perdre toujours plus de droits et de libertés publiques. Les Français seraient-ils fatigués de la démocratie ?? JE qui est un autre, visionnaire Arthur Rimbaud ! – a bien du mal à survivre dans une société où l’altruisme fond comme neige au soleil.

L’illusion Macron, ce pâle Moi Soleil,  s’est dissipée aussi. Cet homme porté, au sommet il y a un an, incarne le modèle parfait d’un arriviste, avec toutes ses contradictions et les efforts à faire sur soi pour vivre l’American dream (plutôt nightmare) : la négation de son propre caractère, la flexibilité, le pragmatisme, l’adaptation sans vergogne au modèle dominant. Car les marchands ont complètement pris le pouvoir. L’image carton pâte de ce jeune Président ne fait plus son effet jusque dans les magazines people, mais reste toutefois une référence nationale et un sujet d’actualité permanent, un prétexte à des critiques polies. Bien sûr, la figure du monarque et de l’homme providentiel, de l’homme à poigne, reste fortement ancré dans l’inconscient francais ! Il est le chef, l’intellectuel, l’hyperactif, le pater familia, l’amant, le confident, et bien sûr irradie de sa virilité toute puissante. Son sourire, une grimace. Ses paroles, des mensonges.

La France d’aujourd’hui, c’est aussi la guerre.

Beaucoup de bienveillance dans les relations quotidiennes, particulièrement dans les commerces. Mais pas seulement, partout dans la rue, car elles temporisent les violences actuelles qui se sont banalisées. On fait des sourires tout en faisant le gros dos…

Me reste une sensation du calme avant le coup de feu. Un coup de tonnerre qui explose dans le ciel étoilé.

Philarmonie de Paris, parc de la Villette – architecture Studio Jean Nouvel

J’ai croisé pas mal de belles personnes, beaucoup plutôt bien embarquées dans leurs trajectoires individuelles. Des rencontres qui t’élèvent. Ou te posent. Plus de désir, plus d’été, plus de joies et de plaisirs ! Plus de partage aussi. Individuel quand même, chacun vivant désormais dans son archipel. Je me suis adapté à différents modes de vie en multipliant les séjours de quelques jours chez des amis, la famille. Tout y est plein. Pleins les tiroirs et placards, pleins les garages. Les espaces de rangement débordent de denrées, d’objets de consommation. Parfois les emballages envahissent la maison. Du vide qui envahit l’espace, et perturbe la circulation des corps, des pensées. Ou peut-être le contraire.

Seu Jorge au théâtre de la Mer, à Sète. Du sirop dans les oreilles, un son excellent. Mais de fiesta nunca, après une écoute attentive et amoureuse du public… Un peu court, même si le concert était à hauteur de la Vie Aquatique, portée par les chansons de David Bowie, les arrangements et la voix du chanteur brésilien. Allons-nous vers une rationalisation à l’extrême du temps de scène ? Une optimisation des ressources humaines présentes sur le plateau ? Et cette buvette tout au-dessus, sans l’ambiance des jours de fête. Une heure de queue pour deux bières et une coupe de vin rosé ! Le patron a quand même réagi à mes questions et s’est excusé un peu pour le service. Ils étaient 3 gars assez relax pour des dizaines de clients, quand c’est le double qu’il eut fallu…

Langueurs méditerranéennes pas toujours propices aux nuits magiques. Budget serré et plus-value optimale ? La star brésilienne était seule avec sa guitare sur scène, précédée par un DJ local qui a balancé des standards brésiliens du XXe siècle pour patienter, un peu comme de la musique dans un ascenceur. Finalement l’organisation de cette soirée Aquatic Life,  n’a pas dû revenir très chère à produire. Pourtant la coupe était à moitié pleine, de nombreux spectateurs avaient certainement hésité avant de payer 36 euros la place de concert.

Mais la mer, toujours captivante, toujours renouvelée… Qui berce les coeurs et entend la musique des âmes.

Et la fête alors ? Celle du 14 juillet sur la Place de la République à Arles, avec un groupe de cumbia, hétéroclite et semi-amateur qui fit danser une petite foule. Celle de la nuit suivante, le 15 juste après la victoire de l’équipe de France lors la coupe du monde de football, organisée cette année en Russie. Un hasard de calendrier a voulu que je sois à Montpellier, comme 20 ans plus tôt, pour célébrer et vivre l’événement. Ah, je m’en rappellerai de celui-là ! La fiesta était bien partie, un désir de fraternité se répandait dans les avenues de la ville, une envie de faire corps, de libérer des énergies. Mais elle s’est vite terminée avec le vol de mon smartphone et de mes papiers par un gang organisé de jeunes venus faire leur marché… Combien de smartphones se sont envolés ce ce soir-là ? J’oubliais qu’il ne faut jamais baisser toutes ses gardes en France, sauf dans des endroits très protégés, oubliés. Embûches du parcours, naiveté de vacacancier, distraction, excitation.

S’il fallait que je me sépare symboliquement de quelque chose, ce ne fut pas rien. Mon Iphone me procurait cette jouissance d’être devenu une prolongation tout à fait naturelle de moi-même. Le téléphone portable, symbole de notre siècle, désormais indispensable pour les contacts, les images, les notes, etc… Tout un chapitre de mon vécu s’est perdu dans les entrailles du monde, dans la chaleur de ce vertigineux jour d’été.

***

J’ai récupéré dans la maison de ma grand-mère, où vit désormais l’ainé de mes oncles maternels, une reproduction d’une photo en noir et blanc de ma mère que j’aime beaucoup. Je l’ai toujours trouvée très belle dessus. Radieuse même, elle illumine dans l’ombre du grand buffet en chêne, de style renaissance mais datant du XIXe siècle. C’est mon oncle qui en a fait la copie sur son imprimante-scan de bureau. Ça s’est passé dans la salle à manger, toute encombrée de ses livres et partitions. Et c’était un objectif que je m’étais fixé. Revenir avec cette reproduction au Mexique pour offrir à ma mère un autel oaxaqueño pendant la Fête des Morts. M’accorder ce geste. Je ne sais pas s’il fera réapparaitre quelque chose en moi, ou m’inscrira davantage dans le monde, s’il me fera mieux regarder et entendre, mieux aimer ??…

Prendre le rythme, laisser les choses se mettre en place tandis que d’autres passent ou se terminent. La recherche de l’harmonie, c’est aussi celle de l’équilibre entre passé et futur. Un passage, un point de tension plus ou moins vif, c’est ça le moment présent.

Le Mexique m’aura paradoxalement habitué à ne pas me sentir humainement en danger, ou dans l’obligation constante de me protéger, ou encore de me travestir, de me justifier. Et peut-être de mieux vivre le moment présent, avec ce sentiment particulièrement délicieux d’être porté par plein de petits riens du quotidien, des attentions, des paroles, des regards qui m’y font exister. Et la France ressemble beaucoup trop aux ombres du passé en ce moment, évitant de regarder loin devant, autour, en elle…

J’ai extrait de ce voyage des moments de présence, dans le contexte privilégié d’une villégiature. Des moments de beauté, de curiosité, d’émerveillement.

Certaines ponctuent ce texte. Ce sont des photos qui disent mon plaisir de glisser sur les routes de France, de profiter pleinement de ces géographies et de ses habitants, mais qui expriment aussi l’inquiétude : de perdre, de partir, de revenir ? Celle de ne plus retrouver le même décor, que tous mes repères disparaissent insensiblement.

Quelque chose entre un rêve francais et l’insoutenable légèreté de l’être 🙂

Florent Hugoniot

 

 

 

 

 

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Âme sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.

Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.   

             Mai 1872

L’Eternité – Arthur Rimbaud

 

 

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8 commentaires pour La part des choses

  1. domi dit :

    Ton texte est trop beau et trop long pour un blog, il est ciselé et sincère à la fois, c’est une oeuvre d’art ; je pense que tu as beaucoup de talent allié à un bel enthousiasme, à une force de perception et de compréhension qui aboutit à l’éloquence dans l’expression ; ce retour en France est aussi très émouvant

    • Merci, mais ce blog reste le meilleur support pour mes publications, texte et images. Pour la diffusion, je compte sur les partages, réactions amicales, etc.
      Depuis que Google a revu son référencement et logarythme il est plus difficile de trouver ou d’arriver sur lapartmanquante, comme beaucoup d’autres blogs ou sites, La richesse venue de l’expérience directe d’internautes est étouffée par les GAFA, l’autoroute virtuel nivelle tout et rend invisibles beaucoup de chemins de traverse !
      Ci-dessous une autre expérience de France 🙂
      Bonito día !

  2. En traversant la France à pied

    « D’ouest en est, du Mont-Saint-Michel à Grenoble, près de mille kilomètres à pied, cinquante jours de marche, par les sentiers de randonnée, les chemins vicinaux et les petites départementales ; pas l’aventure mais la découverte printanière des campagnes, rivières, forêts et villages de France aux noms romancés : Chérencé-le-Héron, Pré-en-Pail, Neuvy-sur-Barangeon, Menetou-Salon, La Machine, Pérouges, Attignat… Un bonheur insolite à quelques pas des cités. »
    https://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/BRIE/3967

  3. L’été meurtrier d’Emmanuel Macron

    Posted by Jacques Sapir on Wednesday, August 15, 2018

    SONDAGES : Macron touche le fond. Les Français le jugent malhonnête.
    }https://le-bon-sens.com/2018/08/02/sondages-macron-touche-le-fond-les-francais-le-jugent-malhonnete/

    Giacomo Jules
    12.08.2018 à 23:37

    « La jeunesse n’a plus de repaires parce que nous avons compris que notre monde est une immense arnaque où les valeurs que l’école et nos parents nous apprennent ne sont pas respecté par nos dirigeants eux-mêmes.
    Tout est contradictoire dans notre monde, comment voulez vous que nous, la jeunesse, nous puissions avoir le moindre repère ? La faute à qui ?
    Diviser pour mieux régner…cette phrase n’a jamais été aussi bien appliquer qu’à notre époque.
    Mais contrairement à ce que certains pensent, nous, les jeunes, nous ne sommes pas fainéant et feignant, nous ne voulons tout simplement pas de ce monde vieux et agonisant.

    Le respect c’est dans les deux sens sinon ce n’est pas la peine, je n’oublierai jamais ce jeune qui s’est fait humilier par Macron a la télé, son humiliation a fait le tour des réseaux sociaux et des médias, sa vie est foutue.
    Et faisans partie de ceux qui ne sont rien, je n’oublierai jamais les propos de notre président, qu’il ne soit pas surpris en 2020 s’il n’est pas réélu, sauf si nos compatriotes décident une nouvelle fois de se comporter en moutons.

    Un jeune de 19 ans. »

  4. Le cycle de l’eau mis en danger par sa privatisation :
    Privatisation des barrages français: un acte de haute trahison
    https://blogs.mediapart.fr/bertrand-rouzies/blog/160618/privatisation-des-barrages-francais-un-acte-de-haute-trahison/

  5. « Suivant l’approche classique de Franz Neumann, le degré de fascisation d’une démocratie libérale se mesure surtout par l’étendue des espaces d’anomie dans lesquels un pouvoir oligarchique s’exerce sur la majorité des travailleurs affranchi des garanties constitutionnelles des droits individuels et collectifs. L’affaire Benalla en fournit la dernière illustration en date. Plusieurs espaces anomiques peuvent illustrer cette fascisation en cours : la répression et la militarisation contre les ZAD à Notre-Dame-des-Landes et à Sivens, l’état d’urgence entré dans le droit commun, la chasse aux migrants dans les villes, les frontières et à Calais, les camps de rétention et la militarisation croissante de la « gestion des flux migratoires » en Méditerranée et outre-mer, le contrôle au faciès et l’arbitraire policier dans les banlieues pauvres, l’usage de grenades de désencerclement et de gaz lacrymogènes contre les manifestants et les techniques agressives de contact direct des CRS lors des manifestations contre la loi travail en 2016, les manifestants et militants arrêtés, éborgnés, maltraités, blessés et humiliés par les forces policières lors des mouvements sociaux depuis la loi El Khomri.

    Ce processus de fascisation concerne également l’espace public. Il prend la forme d’une disponibilité d’esprit pour les idées réactionnaires autour des thèmes qu’actualise et transforme l’extrême droite : la crise de l’autorité à l’école, dans la famille, dans l’État; la remise en cause supposée ou réelle de la laïcité par une « islamisation » accélérée de l’espace public; les « gauchistes » qui seraient tout-puissants dans les médias, l’éducation et l’édition; le recul supposé de l’identité culturelle française au profit d’un multiculturalisme devenu supposément doctrine officielle de l’État. »

    https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/290818/encore-ce-fascisme-qui-vient

  6. 29/08/2018 15:44 Par Damien ALMAR :

    Dans un article de Joseph Confavreux sur la dynamique d’extrême droite on peut lire des phrases qui se rapprochent bien de votre sentiment et analyse (que je partage) :

    Dans l’ouvrage Prendre dates, coécrit avec l’historien Patrick Boucheron, l’écrivain Mathieu Riboulet s’inquiétait en ces termes : « Il se pourrait bien que ce soit ça, finalement, ce que les manuels d’histoire nommaient “la montée des périls” pour désigner, avec leur confortable recul, les années trente en Europe. Il y a beau temps que je me demandais ce que ça pouvait bien faire au corps, au cœur et à l’esprit de vivre une période où d’une année à l’autre tous les signaux passent au rouge : est-ce qu’on en prend la mesure, est-ce qu’on y pense, est-ce qu’on en rêve, est-ce qu’on en est malade, est-ce qu’on se laisse prendre par surprise, est-ce qu’on se sent condamné à l’impuissance, est-ce qu’on décide d’agir, mais alors pour faire quoi, est-ce qu’on pense à partir, si on peut, et quand ? »

    Interrogé aujourd’hui sur la possibilité que nous soyons en train de vivre une période de basculement, Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, prolonge la réflexion. « Cette phrase de Mathieu Riboulet m’a beaucoup troublé, et j’y repense souvent, surtout en ce moment. Si on se plonge dans la littérature historique, je ne crois pas qu’on en rêve, qu’on n’en dorme pas la nuit, qu’on soit dans un niveau de stress inédit. On constate plutôt undédoublement de notre corps, entre un corps privé qui n’est pas atteint, et un corps public qui s’alarme, s’inquiète et change de discours sur la possibilité que Le Pen soit élue. Mais on ne tire de cela guère de conséquences, y compris du point de vue de notre manière de mener notre vie, lorsqu’on prépare ses vacances d’été ou qu’on se projette à la rentrée. Soit on continue de refuser d’y croire en plaçant une vitre entre ce qu’on vit et ce qu’on voit. Soit on croit qu’elle ne fera pas ce qu’elle dit. Et c’est une autre illusion. »

  7. Ping : Hêtre ou ne pas être : métaphore de l’Arbre | lapartmanquante

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