Hêtre ou ne pas être : métaphore de l’Arbre

Nous sommes de plain-pied dans une époque où la déconstruction (sous une forme mal digérée, que Jacques Derrida a théorisée ) est devenue le mode majeur des discours que nous entendons dans pratiquement tous les domaines : en philosophie, en art, en politique, en psychologie, en économie… On se doit de penser « contre soi-même », démonter son mécanisme interne pour mieux se comprendre et se transformer, changer et réformer telle habitude, dérèglementer telle structure de protection sociale. Or, face au dogme du pragmatisme, toute certitude est désormais suspecte. Le cynisme, la mise en abime et les jeux de miroir, la remise en question de toute forme d’autorité et de souveraineté, le relativisme dans des débats stériles, allant jusqu’à la mise en doute systématique – et certainement pas cartésienne – de tout et n’importe quoi, sont les conséquences les plus évidentes désormais de cette mode de la déconstruction. Ses effets pervers ont pris le devant de la scène intellectuelle, car comme le constatait Guy Debord, le faux est réellement devenu un moment du vrai. Plus rien n’a de valeur propre ni fixe, avec cette affirmation récurrente que tout est relatif, aléatoire et changeant, voire interchangeable.

Je m’opposerai ici en faux, dans une tentative de reconstruction, ou de retour à une réelle dynamique de construction, intime, personnelle et sociale, avec l’Arbre comme support symbolique.

Mortels rhizomes

En relisant mon court développement sur le JE et le MOI dans La part des choses m’est venue l’image de l’Arbre pour exprimer le JE de la centralité, de l’équilibre, de la réflexion sur la durée (qui peut prendre la forme de la méditation) et de la verticalité/horizontalité, en opposition aux arborescences virtuelles, aux réseaux sans commencement ni fin et à la théorie des rhizomes, des réseaux et des plateaux, selon Gilles Deleuze et Felix Guattari, qui pourraient aussi illustrer les diverses manifestations du MOI. Certes, c’est peut-être un peu tiré par les racines, mais la French Theory, reprise unanimement sur les campus américains dans les années 1970-1980 pour étayer l’invention du postmodernisme et légitimer ce nouveau « isme » qui a fait tant de ravages spirituels et esthétiques, me semble de plus en plus légère, voire fumeuse et dangereuse pour l’intégrité de notre propre conscience, de notre Être plus généralement. On ne peut que constater 30 ou 40 ans plus tard l’imposture de cette pensée dans les faits, du moins son dévoiement prévisible par tous les tenants de la dépersonnalisation inclue dans le dogme du néo/ultralibéralisme, avec ce processus qui de l’exaltation de l’individu, nous a mené via les nouvelles technologies numériques et la dictature de l’immédiateté, vers la « mondialisation », la satellisation de soi et l’effacement d’une pensée construite et cohérente.

C’est à Gilles Deleuze et Félix Guattari que Glissant emprunte cette image du rhizome (la racine multiple d’une plante), pour qualifier sa conception d’une l’identité plurielle qui s’oppose à l’identité racine unique. Par opposition au modèle des cultures ataviques, la figure du rhizome place l’identité en capacité d’élaboration de cultures composites, par la mise en réseau des apports extérieurs, là où la racine unique annihile.

http://www.edouardglissant.fr/rhizome.html

« là où la racine unique annihile » voici une affirmation toute faite, qui tombe à la fin de cet intéressant passage sur l’identité plurielle. Ou encore, dit autrement :

« La racine unique est celle qui tue autour d’elle alors que le rhizome est la racine qui s’étend à la rencontre d’autres racines. J’ai appliqué cette image au principe d’identité. Et je l’ai fait aussi en fonction d’une « catégorisation des cultures » qui m’est propre, d’une division des cultures en cultures ataviques et cultures composites. »

Édouard Glissant

Génie tenant une fleur de pavot devant un Arbre de Vie. Bas-relief du palais bâti par Sargon III à Dur Sharrukin, en Assyrie (actuelle Khorsabad, Iraq), 716–713 av. J.-C. Fouilles de Paul-Émile Botta en 1843–1844.

Pour autant, l’enracinement est un préalable et un facteur primordial pour la croissance et le partage. Dans n’importe quel pays, dans sa patrie ou à l’étranger, il faut savoir s’enraciner pour comprendre les us et coutumes et s’insérer dans l’environnement humain. Cependant on peut se sentir des connivences, tisser des liens très profonds sans perdre son identité ni son libre arbitre. Pas d’identité sans parler de racine à soi… Tandis qu’E. Glissant semble nous parler de rhizomes hors sol.Un réseau qui se prolonge à l’infini et place chacun au coeur du monde ? Ou alors une dissolution lente et irréversible de tous dans un grand blob planétaire ?

Un autre mot clef des ténors de cette école de pensée est le terme de nomadisme. Qui n’évoque certainement pas des populations déracinées en quête d’un nouveau havre de vie et de paix, pour des raisons climatiques, économiques, ou de guerre, non ! Ces nomades du XXIe siècle sont nantis d’un bon compte bancaire, d’un MacBook Pro et d’une connexion Wifi, transitent en douceur d’une métropole à une autre et sentent à peine les secousses du voyage, tout préoccupés qu’ils sont de belles spéculations théoriques, de renommée et de dividendes.

Un peu fort de café pour commencer cet article sur le beau thème de l’arbre ! Pour préciser avant d’aller plus avant, je ne mets pas en doute la qualité de la production universitaire et littéraire de Deleuze ou Guattari, mais bien plutôt en cause son impact sur les esprits faibles comme forts, et les répercussions de ce courant de pensée postmoderne auquel ils ont tant contribué (possiblement malgré eux) comme d’autres. Ainsi Edwy Plenel qui, en tant que directeur de rédaction, a participé à la destruction du journal Le Monde, feu presse de gauche de qualité, pour diluer davantage les frontières politiques et la lutte des classes avec Mediapart, journal en ligne lancé en 2008, dans lequel publient (dans le Club) des chroniqueurs et de nombreux penseurs intéressants comme Shlomo Sand, Edgar Morin, mais qui mène une guerre sous-terraine à tout ce qui ressemble réellement à une politique cohérente de gauche et soucieuse de démocrate. E. Morin par exemple a pris un peu de distance face aux accusations de son soutien, via le communautarisme de type anglosaxon tant vanté par la rédaction de Mediapart, à l’intégrisme religieux wahhabite venu d’Arabie Saoudite.

On y loue aussi Pierre Rahbi, la nouvelle figure du paysan-poéte-philosophe adorée par les néoruraux et bobo-du-bio ayant perdu tout marqueur politique, qui développe à l’ombre des projecteurs TV ses arguments réactionnaires et sexistes, et en pleine lumière une technique d’agrobiologie basée avant tout sur le bénévolat et qui n’a pas fait ses preuves en dehors d’une petite échelle. Il en a fait accessoirement tout un business…

Tout comme ce Tartuffe de Tariq Ramadan prônant un Islam à visage changeant selon les publics, ultrarigoriste, criminel et obscurantiste pour les uns, moderne, ouvert et tolérant pour les autres. Comment se surprendre qu’il fut longtemps soutenu par Edwy Plenel, champion du recyclage des idées toxiques et de la réthorique clair-obscur, un beau travail de jésuite ! Celui-ci s’est fait beaucoup plus discret depuis que Ramadan affronte la justice pour affaires de viol à l’encontre de plusieurs femmes. La femme vue comme un objet sexuel, la femme, cet Autre apparemment muet et inexistant dans la cosmogonie du prédicateur.

C’est en Mésopotamie que l’on trouve la toute première mention d’un arbre, certainement un saule ou un peuplier – ici un Sceau-cylindre « Gilgamesh domptant un taureau » sur lequel est représenté l’Arbre-pilier solaire.

Car les mythes me semblent désormais plus structurants et révélateurs, plus intemporels et universels également, que des démonstrations prisonnières d’une époque en passe d’être révolue, ne serait-ce qu’en regard des énormes défis écologiques qui ont surgi depuis. Et donc des épreuves que la Nature commence à nouveau à nous faire endurer, à nous les humains. Combien espèrent avec fatalité une grande crise climatique, écologique pour remettre les pendules à l’heure chez les pouvoirs publics, les responsables politiques et économiques ?? Car la fuite en avant vers l’apolitisme et le tout-technologique et financier a entrainé une disparition de la pensée critique, fondue dans un consensualisme de bon aloi couplé à un individualisme revendiqué sur les réseaux sociaux. Pas de quoi de tresser des lauriers à ces nouveaux penseurs et dont l’héritage aura eu des effets délétères pour la construction de l’individu comme du vivre ensemble ! Certains reprenant les propos de Francis Fukuyama ont prophétisé après la chute du mur de Berlin, « la fin de l’Histoire », rien que cela !! Alors qu’ils ont juste participé à démonter, casser le mécanisme d’horlogerie qui réglait des fonctionnement internes très subtils, comme des régulations et des identifications déterminantes au niveau social.

La colonne des architectures antiques est directement inspirée des troncs d’arbres ou végétaux qui soutenaient le toit des habitations et temples – ici, colonnes monumentales datant de l’Antiquité romaine du temple de Bel à Palmyre, Syrie.

Ce texte est donc une manière de me détourner de ce courant de pensée contemporain, qui nous a fait passer de l’état d’être pensant et agissant, à celui d’image, de produit ou encore de profil numérique multiple. Ou dit autrement, le fourvoiement d’une intention qui se voulait certainement salutaire et libératrice dans sa gestation, mais dont on ne peut que constater les dégâts sur l’environnement social, le morcèlement de ce qui faisait société en sous-sous-catégories et communautés de plus en plus isolées les unes des autres, avec ses codes, ses langages : par exemple la nouvelle tocade de l’écriture inclusive.

De moins en moins dans l’ouverture, chacun reste à son niveau (sur son « plateau ») dans la recherche du semblable, du compatible et finalement dans l’opposition à l’Autre dans le sens d’altérité, de différence réelle. Avec ce risque inquiétant de rejoindre les courants xénophobes et réactionnaire, très en vogue actuellement. Ou de se boucher les yeux, les oreilles et la bouche comme les trois petits singes, pour protéger son petit confort moral. Tout le contraire de ce que promettaient les « nouveaux philosophes », serviteurs malgré eux de l’ultralibéralisme mortifère version 2.0.

On remarquera aussi que ce schéma qui en gros explique qu’il n’y a plus ni centre ni périphérie dans les nouvelles super-structures convient parfaitement au fonctionnement de groupes terroristes tels Daech et toute la suite de groupuscules qui l’ont suivi et ensanglantent le Monde et dessinant cet espace nihiliste, sous une forme réticulaire qui lui permet d’être partout et nulle part pour exister et tuer ce que la vie nous offre de plus précieux, l’art et la connaissance.

Alors plutôt que de se perdre dans les marécages du non-être, du néant (qui n’a rien à voir avec le Vide des spiritualités et philosophies orientales), retrouvons donc la Voie du Milieu, le tronc commun à toute humanité. Ou raccrochons-nous aux branches de ce qui peut encore servir à se structurer en retrouvant une assise solide ! Je laisserai donc cette discussion autour de l’héritage de Deleuze et Guattari, pour me concentrer d’abord sur les diverses symboliques de l’arbre, depuis les temps immémoriaux jusqu’à aujourd’hui.

Pour une (re)construction de l’Être : l’image de l’Arbre

Je conseille la classification très cohérente sur les différentes valeurs accordées à l’Arbre de Brigitte Boudon, enseignante en philosophie à Marseille, qui s’articule selon 6 parties :

  1. l’arbre, image du Cosmos
  2. l’arbre de Vie, de la fécondité inépuisable, source de l’immortalité
  3. l’arbre, centre du monde et support de l’univers
  4. l’arbre de la connaissance
  5. l’arbre du temps, l’arbre généalogique
  6. l’arbre, lieu de théophanie et d’éveil
  7. l’arbre des origines ou arbre renversé

Je vous invite d’ailleurs à consulter sa page, qui rassemble tous les aspects de l’Arbre dans différentes cultures du monde. Une vulgarisation qu’on peut évidemment enrichir, tellement le sujet étend ses ramifications dans de nombreux champs d’étude. Par exemple les contes africains et l’arbre à palabres, les légendes celtiques, le sacré et le profane, les religions païennes et monothéistes, l’ésotérisme, mais aussi la psyché.

Arbre orné d’ombrelles et de rubans, Quimper, France

Avant tout, il faut bien comprendre que l’Arbre est un objet de projections. Un arbre n’est pas vénéré en tant que tel, mais en tant qu’Un dans l’Ensemble, en tant que symbole donc. Tel olivier peut être célébré pour sa beauté propre, mais en l’ornant et en lui vouant un culte, c’est à l’ensemble de l’espèce qu’on rend hommage. Et bien sûr à la valeur qui lui est associée, ici dans le monde méditerranéen, la sagesse.

« Il est certain que, pour l’expérience religieuse archaïque, l’arbre (ou plutôt, certains arbres) représente une puissance. Jamais un arbre n’a été adoré rien que pour lui-même, mais toujours pour ce qui, à travers lui, se « révélait », pour ce qu’il impliquait et signifiait. […] c’est en vertu de sa puissance, c’est en vertu de ce qu’il manifeste (et qui le dépasse), que l’arbre devient un objet religieux. Si l’arbre est chargé de forces sacrées, c’est qu’il est vertical, qu’il pousse, qu’il perd ses feuilles et les récupère, que par conséquent il se régénère (il « meurt » et « ressuscite ») d’innombrables fois, qu’il a du latex, etc. C’est en vertu de sa puissance, autrement dit, c’est parce qu’il manifeste une réalité extra-humaine – qui se présente à l’homme dans une certaine forme, qui porte fruit et se régénère périodiquement – qu’un arbre devient sacré. Par sa simple présence (« la puissance ») et par sa loi propre d’évolution (« la régénération »), l’arbre répète ce qui, pour l’expérience archaïque, est le Cosmos tout entier. »

Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, 1989

Tout comme la figure du roi, qui est intemporelle dans le système monarchique, l’arbre est majesté et continuité. On pense évidemment à Saint Louis tenant justice sous son chêne favori à Vincennes : nous avons ici parfaitement associés la représentation du pouvoir et de la sagesse royale, et le chêne, arbre sacré des druides chez les Celtes, remis au gout médiéval et chrétien. Ou encore l’arbre de Jessé, arbre généalogique qui relie les Rois de Judée de l’Ancien Testament tel David, pour nous amener en droite ligne à Jésus. Et dont les Rois de France se sont revendiqués pour assoir leur autorité temporelle face au Sacré (la Couronne du Christ faite de branchages épineux, la couronne royale d’or et de gemmes, au motif de fleur de lys). Dans l’imagerie religieuse, Jessé est représenté dormant, quelquefois assis, mais le plus souvent couché. Un arbre sort de son flanc ou de son ventre, illustrant la phrase d’Isaïe « Un rameau sortira de la souche de Jessé et un rejeton jaillira de ses racines ». 

Dans Le Symbolisme de la Croix de René Guénon (1931), la croix est aussi symbolisée par l’arbre du Monde : la ligne verticale de la croix constitue le tronc et la ligne horizontale en forme les branches. L’arbre représente aussi l’axe du monde, c’est « l’arbre de la Vie » au milieu du paradis terrestre. Il symbolise le sens de l’unité et de l’éternité, au contraire de « l’arbre de la science du bien et du mal » source de la chute car symbole de la connaissance dualiste, fractionnée.

Tête de Bouddha dans les racines de l’arbre du temple Wat Mahathat, Ayutthaya, Thaïlande – images de stock libres de droits

 

Dans un autre champ du sacré, on pense aussi à Bouddha méditant sous un arbre : le figuier des pagodes, arbre de la Bodhi, ou pipal (Ficus religiosa | sanskrit : pippala), est un arbre appartenant au genre Ficus, de la famille des Moracées. Dans les textes védiques, il est appelé ashvattha. C’est un arbre sacré pour les bouddhistes. « L’arbre de la Bodhi » le plus célèbre se trouve à Bodh-Gaya, à environ 100 km de Patna, dans l’État indien du Bihar, car c’est sous son feuillage que Bouddha, le fondateur du bouddhisme, a atteint la Bodhi, l’Éveil ou connaissance suprême. (Wikipedia)

Dans de nombreux pays africains et en Haïti, la coutume est d’enterrer le cordon ombilical du nouveau-né sous l’arbre le plus proche, afin de créer un lien entre lui et la terre. En Polynésie, à Tahiti, c’est le placenta qui est enterré sous un arbre fruitier.

À l’échelle de l’espace et du temps

Arbre de l’espèce Ceiba, Oaxaca, Mexique

L’arbre possède évidemment ce caractère de verticalité et relie la terre fertile aux cieux purs, tendu entre l’éther et les profondeurs chtoniennes. Il est principe mâle, objet phalique dressé vers le ciel, mais également principe femelle. Il est horizontalité, car il indique les 4 points cardinaux. Certaines espèces d’arbres poussent de manière parfaitement verticale et symétrique tels certains résineux – les sapins alpestres, l’Araucaria (ou Pin de Norfolk) dont la silhouette se découpe élégamment sur les côtes méditéranéennes, mais aussi certains spécimens de Ceibas au Mexique, qui possèdent un tronc recouvert d’épines et sur lequel se forme successivement quatre branches parfaitement horizontales et orientées géométriquement comme une rose des vents ; voir nos panneaux indicateurs aux carrefour des routes et chemins de randonnée. Ou encore, plus poétiquement, la canopée de certaines espèces sahéliennes qui se confond avec l’horizon orangé.

Allée majestueuse de platanes au parc Chamars à Besançon

L’horizontalité est aussi présente dans la reproduction de la plante, qui féconde le sol autour d’elle de ses graines, et donc se reproduit : la transmission et la régénération. L’arbre mérite le respect car il dépasse largement en longévité les humains, certains dépassant plusieurs milliers d’année d’âge. Le pin de Bristlecone Mathusalem pousse à plus de 3000 m d’altitude dans les White Mountains en Californie, USA. Son âge a été évalué à 4842 ans (en 2010) par dendrochronologie. Cet arbre est nommé ainsi en référence à Mathusalem, personnage de l’Ancient Testament mort à l’âge de 969 ans, devenu synonyme de longévité (Regard sur le monde)

Nous avons la dualité masculin/féminin et les deux axes espace-temps réunis dans le même objet naturel.

Le fruit

Beaucoup d’arbres sacrés portent un attribut, mais ils donnent aussi des fruits, l’énergie, la vie et l’abondance, c’est-à-dire le renouvellement. L’Arbre de la connaissance du Bien et du Mal dans la Genèse, avec la pomme que croqua Ève, puis Adam. Le serpent symbolisant le Malin, mais aussi la connaissance et les épreuves à surmonter pour aquérir la sagesse.

On connait le fruit du péché, mais le sexe, masculin ou féminin, n’est-il pas le fruit ou la fleur magnifique, généreuse et fragile que portent hommes et femmes ?

Le sapin de Noël symbolise le cosmos mais aussi le présent (au sens de cadeau) et l’arbre de lumière, joliment décrit comme « couronné par l’étoile, avec les boules qui représentent les planètes, les bougies le chemin spiralé de lumière. » par Brigitte Boudon.

L’arbre inversé

L’arbre renversé indique l’origine céleste de l’homme et l’invite, en se libérant de ses attaches terrestres, à redécouvrir en lui, derrière le voile de l’illusion, ce ciel intérieur qui participe par essence du ciel divin lui-même. Dans le Timée, Platon dit de l’homme qu’il est une plante céleste, comme elle vertical, les pôles inversés :

« L’homme est une plante céleste, ce qui signifie qu’il est identique à un arbre inversé, dont les racines tendent vers le ciel et les branches s’abaissent vers la terre. »

« L’âme la plus haute est un daïmon que Dieu nous a donné, le principe que nous avons dit logé au sommet de notre corps, et qui nous élève de la terre vers notre parenté céleste, car nous sommes une plante du ciel, non de la terre, nous pouvons l’affirmer en toute vérité. Car Dieu a suspendu notre tête et notre racine à l’endroit où l’âme fut primitivement engendrée et a ainsi dressé tout notre corps vers le ciel. »

Platon

 

L’Arbre des Sephiroth est également un arbre inversé. Selon la Kabbale, il représente la structure de l’homme et de l’univers. Il symbolise à la fois les forces à l’oeuvre dans le manifesté – les voiles placés entre l’homme et la connaissance pure, et les interactions entre ces forces.

http://www.kabbale.org/arbre_arbre.htm

L’intelligence du réseau végétal

Les avancées scientifiques récentes viennent contredire la jolie théorie des rhizomes évoquée en introduction. En effet, même si on sait que sous terre, une lutte de territoire terrible se produit en silence entre les différentes espèces d’un biotope, avec notamment des plantes qui peuvent en empoisonner d’autres par sécrétion chimique, sinon des voisinages plus amicaux que d’autres, une racine n’annihile pas. Ce n’est premièrement pas son rôle de « tuer », plutôt de nourrir par la sève, la plante qui est son prolongement, de préserver un être vivant de la flore, de se préserver. En effet, qualifier la racine unique d’une plante de tueuse de diversité est une inversion de sens purement réthorique. Je tempèrerais cependant ma critique initiale, car à travers l’image du rhizome, E. Glissant souhaite certainement faire l’éloge du métissage et apporter l’évidence que nos racines plongent dans divers sols et se prolongent sur différents continents. Que nous sommes des sèves mélées, qu’il n’existe pas d’espèce pure, que toutes les cultures sont en interaction et se complémentent.

Depuis la parution de La Vie secrète des arbres du forestier allemand Peter Wohlleben, livre devenu un best-seller, on sait désormais que les arbres correspondent entre eux par leur réseau dense de racines, comme par les feuilles. Une forme de communication par substances chimiques, dans lesquels interviennent de minuscules champignons, qui peut faire penser au système neuronal et aux synapses qui libèrent des molécules.

« Les arbres et les plantes sont capables de percevoir le niveau des signaux de leur environnement. Ils perçoivent d’où vient la lumière, où se trouve l’eau et les ressources que les entourent. Ils répondent à ces signaux et adaptent leur comportement.

« Cette réponse est une preuve d’intelligence, sur la base d’un signal que l’arbre perçoit, il va changer sa croissance, explique Pierre Meerts, professeur de botanique à l’ULB. L’arbre va diriger ses feuilles vers la lumière et éviter l’ombre, conduire ses racines vers l’eau et les nutriments… Il possède une capacité de se réorganiser en fonction d’un signal extérieur. »

Les arbres murmurent

Les plantes et les arbres émettent aussi des signaux chimiques. Grâce à des molécules, ils peuvent communiquer entre eux. C’est une sorte de langage chimique élaboré et intelligent. Les végétaux échangent une foule d’informations à longueur de journée. Cette communication se fait par le canal des airs via les feuilles, soit par le canal du sol via les racines. »

la suite sur RTBF

ou encore ce passionnant article sur LE TEMPS

Espoirs pour les générations futures sous les frondaisons d’un Hêtre

Dans un écosystème, les différentes espèces végétales sont en sympathie, neutres ou en antipathie… un peu comme dans la société humaine. Mais elles sont toutes interdépendantes, plus ou moins directement. Et la faune intensifie cette corrélation. Ce que reflète déjà un peu moins le monde contemporain, avec aujourd’hui des classes sociales très favorisées qui pensent pouvoir se passer de toute une catégorie de leurs semblables : les pauvres, les alternatifs, les artistes et les philosophes au sens noble…

Inquiets du présent, soucieux de leur survie dans un proche avenir, les nouveaux riches se projettent dans des paradis hyper-sécurisés, comme l’illustrent de nombreux films de science-fiction hollywoodiens. Dans des sortes de bulles type Center Park, ou des îles artificielles au milieu des océans, aménagées pour des familles de milliardaires, ou sur des zones géographiques encore à l’abri des changements climatiques, des pollutions – et surtout des énormes migrations qui en découleront – voire à l’intérieur d’immenses stations spatiales dans lesquelles on consommerait des produits bios en respirant de l’air pur, pendant que le reste de l’humanité agoniserait de soif, de chaud et de toutes sortes de maladies et de virus… Quelle vision apocalyptique pour la planète Terre, pourtant à partir de laquelle un certain nombre de bureaux d’études planchent actuellement. Comme si la catastrophe climatique et la disparition des espèces animales en cours pouvait être effacée d’un glissé du doigt sur un écran tactile !

Plutôt que de trouver des stratégies de fuites, il est évidemment plus souhaitable pour toutes les espèces vivantes que les humains s’inquiètent enfin à une échelle mondiale – comme ils ont su le faire pour sauver la couche d’ozone – de leurs effets mortifères sur leur environnement et retrouvent le sens commun, le respect de la terre nourricière et la juste économie qui permet de vivre sans détruire. On oubliera la fumeuse « économie verte », qui est un green washing du capitalisme le plus prédateur, préoccupé de produire toujours davantage de gadgets, pour s’interroger sur la vanité de nos pulsions de consommateurs, nous les enfants gâtés de l’Occident, habitué à un style de vie en passe de devenir universel. Au risque de basculer encore plus rapidement dans une situation écologiquement irrémédiable et intenable, avec une montée accélérée des températures et des eaux du globe. Quand on aura réussi à décripter complètement le langage secret des arbres, on comprendra certainement qu’ils nous lancent un énorme cri d’alarme !

Je ne suis pas un adepte du catastrophisme ni de la décroissance, mais il semble que l’irresponsabilité des grands décisionnaires nous mène droit vers le pire des scénarios. Alors plutôt que de subir, agissons sur nos hommes et femmes politiques, respectons et protégeons nos ressources naturelles des voraces appétits privés, boycottons les marques qui se foutent toujours éperdument de leur impact écologique. Pour autant, le plus difficile n’est pas d’imaginer d’autres modes d’existence et de développement, de dessiner de nouvelles solidarités, mais bien de pouvoir mettre en place, quelque part et très concrètement, de nouveaux modèles (l’épisode de la ZAD de Notre Dame des Landes l’aura prouvé de manière violente). Car la résistance au salutaire changement est très forte du côté des principaux acteurs du néolibéralisme et de l’économie financiarisée. Cela en devient pourtant vital. Et ce ne sont pas les coupeur de cheveux en quatre ou les garants du (dés)ordre établi et qui sans vergogne se font passer pour des progressistes, qui nous guideront vers des horizons plus sereins.

Hommage aux parcs et jardins des plantes

Alors pour méditer mieux et voir large, je vous propose comme épilogue de faire un tour dans de remarquables espaces verts : en Franche-Comté, dans le Midi, en Bretagne, avec notamment le parc Micaud à Besançon, première ville verte de France, et le très beau Jardin des Plantes de Nantes, où l’on peut découvrir de nombreuses espèces végétales dans un cadre magnifique et régulièrement animé par des artistes, avec un zeste d’humour bienvenu !

Florent Hugoniot

 

 

SOURCES

  • Jacques Derrida – Gilles Deleuze et Felix Guattari

https://redaprenderycambiar.com.ar/derrida/frances/deconstruction.htm

http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Capitalisme_et_schizophr%C3%A9nie_2___Mille_plateaux-2015-1-1-0-1.html

  • -Édouard Glissant – Pierre Rahbi

https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981

http://www.edouardglissant.fr/rhizome.html

  • Mythes et sacré autour de l’arbre

https://www.herodote.net/Des_arbres_et_des_hommes-synthese-2432.php

http://www.1oeuvre-1histoire.com/arbre-jesse.html

http://www.sagesse-primordiale.com/Arbre_inverse_index.htm

http://kovidara.chez.com/show.php?page=photos_diverses&id=65

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Symbolisme_de_la_Croix

http://www.kabbale.org/arbre_arbre.htm

  • Aujourd’hui

http://www.regardsurlemonde.fr/blog/les-arbres-les-plus-vieux-du-monde

https://reporterre.net/L-exploitation-de-la-foret-est-entree-dans-la-demesure

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7 commentaires pour Hêtre ou ne pas être : métaphore de l’Arbre

  1. Le thème de l’arbre doit être dans l’air du temps. Voici sur le sujet de l’enseignement cette publication de TIPTOP dans le Club de Mediapart (indépendant de la ligne éditoriale du journal), L’ARBRE comme acronyme de Adaptabilité, Rigueur, Bienveillance, Résilience, Exigence.

    « Ce court essai se pose pour ambition de revisiter les qualités essentielles que doit cultiver un enseignant opérant en pleine tourmente c’est-à-dire en milieu éducatif difficile. »
    https://blogs.mediapart.fr/edition/educateurs-prioritaires/article/020918/l-education-en-pleine-tourmente-un-arbre-pour-l-enseignant

  2. Progrès à grand spectacle

    « Par nature insatisfaite de sa condition, l’humanité veut croire aux promesses de la technique. Mais lorsque celle-ci se déploie, l’imposture de l’immédiateté et l’illusion de la proximité apparaissent au grand jour, privant les êtres humains de rapports plus riches avec eux-mêmes et avec les autres. »
    par Paul Virilio

    https://www.monde-diplomatique.fr/2001/08/VIRILIO/8036

  3. BuyOrNot : une appli pour boycotter les entreprises immorales
    Par Nina Schretr I Publié le 17 Septembre 2018

    Scanner un produit du supermarché et voir si l’entreprise à son origine est au cœur d’un scandale : c’est ce que propose l’association I-buycott, qui lance le 22 septembre une application mobile dédiée. https://www.wedemain.fr/BuyOrNot-une-appli-pour-boycotter-les-entreprises-immorales_a3574.html

  4. Yannis dit :

    Benoît Hamon ou la faillite de la gauche Terra Nova – Le Vent se Lève

    « Naturaliser ainsi le fort taux de chômage français revient en réalité à absoudre les causes du chômage de masse : l’austérité, les inégalités qui favorisent l’épargne, le fonctionnement de l’euro et du marché unique entre autres. Bref, la « fin du travail » est un conte de fée qui n’a d’équivalent que dans la « fin de l’Histoire » jadis prédite par Francis Fukuyama. Cette idée révèle néanmoins en creux la « vision du monde » de Benoît Hamon et de son équipe. »
    http://lvsl.fr/benoit-hamon-faillite-gauche-terra-nova

  5. « Absolument tout ce qui est vivant a besoin vitalement d’une limite : la membrane de la cellule, l’écorce du végétal, la peau de l’animal (y compris de l’animal humain), la frontière du corps social… PERMETTENT LA VIE.

    Rien ne vit sans frontière.

    Si on retire sa limite à un être, on lui retire sa vie, mécaniquement, forcément.

    Si tu supprimes la frontière d’un être, tu le tues.

    Et c’est d’ailleurs le but des prédateurs (caché en l’occurrence). »

    http://chouard.org/blog/2018/10/11/precieuse-securite-sociale-precieuse-entraide-eloge-des-frontieres-par-regis-debray/

  6. Yannis dit :

    Le paradoxe actuel des marches pour le climat qui sont devenues de plaisantes promenades urbaines, en général sans suite, et la focalisation sur les énergies renouvelables (pas du tout écologiques à 100%) dans le but de prolonger encore un peu la civilisation industrielle, productiviste et de consommation de masse. Sur https://www.legrandsoir.info/les-marches-mondiales-pour-le-climat-ou-le-triomphe-de-l-ingenierie-sociale.html

    « La plupart d’entre nous sommes moins dérangés par l’idée de vivre dans un monde sans martres des pins, sans abeilles mellifères, sans loutres et sans loups qu’à l’idée de vivre dans un monde sans médias sociaux, sans cappuccinos, sans vols économiques et sans lave-vaisselle. Même l’écologisme, qui a un temps été motivé par l’amour du monde naturel, semble désormais plus concerné par la recherche de procédés un peu moins destructeurs qui permettraient à une civilisation surprivilégiée de continuer à surfer sur internet, à acheter des ordinateurs portables et des tapis de yoga, que par la protection de la vie sauvage [2]. »

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