Oaxaca street art 2018

Après 6 ans, lapartmanquante est de nouveau dans les rues de Oaxaca pour une orgie graphique. Retour dans cette capitale de l’État du même nom, située tout au sud-ouest du Mexique, le temps du long week-end de Día de Muertos, un moment fort dans l’année civile comme sacrée mexicaine, et déjà pas mal illustré dans ce blog. Vous pouvez également retrouver, ici, ici et les articles de 2012 consacrés plus particulièrement au street art et à la gravure oaxaqueña, avec des références artistiques et politiques assez détaillées.

Oaxaca conserve toujours, derrière le vernis d’un site touristique international au patrimoine historique impeccable et enchanteur, la fibre d’une cité révolutionnaire, fière de ses origines indiennes et de sa particularité culturelle dans tout le pays. Les émeutes et les mouvements citoyens pour la défense des droits populaires, la lutte contre la corruption étatique y sont réguliers dans cette région pauvre et délaissée par la fédération. Cela concerne par exemple les investissements structurels, ce qui a été rendu une fois de plus flagrant lors du tremblement de terre d’une magnitude de 8,2, qui s’est déroulé le 14 octobre 2017, et dont l’épicentre se trouvait à Juchitan dans l’État de Oaxaca. L’auto-organisation y est donc redevenue la règle dans les campagnes, selon l’antique fonctionnement des communautés indiennes, qui brille par sa pratique de la démocratie locale et le respect de l’environnement comme de ses traditions centenaires, voire millénaires. La préoccupation artistique y est vécue comme une seconde nature, car c’est ici qu’on trouve un aussi large éventail de produits souvent très finement façonnés, avec un réel amour des objets bien fait, mais aussi une recherche originale et révélatrice dans l’art contemporain.

Ainsi, au milieu d’une rue piétonne entièrement affairée par l’activité marchande et rythmée par le va-et-vient des étrangers allant d’un musée du textile à une église baroque, on se retrouve nez à nez avec une œuvre murale non seulement belle et forte, mais qui a tout son sens ici car elle s’inscrit presque naturellement dans son environnement en utilisant le langage à la fois graphique, visuel, mais aussi le texte en espagnol pour DIRE une urgence, TRACER un fil de pensée qui transcende les activités répétitives et le banal quotidien d’une grande ville administrative, culturelle et commerçante pour PENSER le monde et RÉFLÉCHIR la nature humaine dans sa complexité. On retrouve en 2018, sans qu’elle ne s’émousse, l’énergie des slogans de mai 68, l’art graphique et le pouvoir de propagande des affiches communistes polonaises ou tchèques du XXe siècle.

68 Tlatelolco – 43 Ayotzinapa – FUE EL ESTADO (ce fut l’État) – Asaro

Ici, il s’agit de préoccupations plus localisées comme la disparition toujours inexpliquée officiellement (et sans aucune suite judiciaire) des 43 étudiants normalistes d’Ayotzinapa en 2014, mis par exemple sur un pochoir ci-dessus, en regard avec le massacre, toujours d’étudiants, perpétré par la Police et le Ministère de l’Intérieur en 1968 à Tlatenolco, un quartier de Mexico, juste avant que la capitale de la Fédération du Mexique ne reçoive les Jeux Olympiques. Ou encore le respect des communautés paysannes et de leurs ressources naturelles, pillées sans vergogne par les grandes transnationales et avec le parrainage de l’État. On le voit à travers les œuvres sélectionnées ici, la contestation de l’ordre criminel établi reste entière à Oaxaca. La ville ne se taira jamais face aux injustices. C’est en cela qu’elle est aussi devenue une référence internationale de premier ordre dans la longue lutte, aujourd’hui encore et plus que jamais, pour la reconnaissance universelle des Droits de l’Homme, mais aussi pour la beauté de la geste émancipatrice.

Vous en reprendrez bien un peu ? Bonne déambulation vivifiante à travers les rues de Oaxaca la rouge, Oaxaca la morena !

Florent Hugoniot

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Un commentaire pour Oaxaca street art 2018

  1. Bravo pour cet article qui évoque l’âme mexicaine et pour l’exhaustivité des illustrations

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