Misère et sacrifices de la Coronafolie

Esthétique de la peur virale 2020-2021

Fresque murale, Oaxaca, oct. 2020, Cesar Viyegas – Instagram : cesar.viyegax

En ce début d’année 2021, de grands espoirs se font sentir. Oh, finalement rien de très exceptionnel, car les belles utopies semblent mortes avec le XXe siècle. Désormais on ne peut pas se permettre d’attendre un immense « plus », mais un petit mieux, un moins pire. Par exemple, on aimerait bien sortir du marasme que l’arrivée du Covid19 a provoqué dans le monde entier l’année dernière, une année 2020 tout au long de laquelle nous avons assisté à la globalisation et à l’accélération d’une réelle panique sanitaire, sans précédent dans l’histoire des sociétés humaines. Un danger sur la santé extrêmement médiatisé, faisant primer la peur au sang-froid, les effets de buzz à chaud et les annonces fracassantes à la froide et hésitante démarche scientifique. Il faut dire que l’époque nous rend tous et toutes un peu fous-folles…

Contrairement aux autres récentes crises, celle-ci touche désormais notre sphère intime : nos corps, nos gestes, nos vies particulières et notre santé physiologique comme psychologique, en faisant peser un risque aigu de maladie voire de mort sur chacun de nous. C’est du moins la narration officielle de l’OMS et de nombreuses voix « autorisées », avec un taux de mortalité réel pourtant faible reporté à la population entière, qui se situe à environ 0,05%

Ce nouveau coronavirus touche surtout les personnes âgées, avec plus de 65 % des décès chez les plus de 80 ans, 30 % pour les 60-80 ans, 5% de décès dans la tranche 40-60 ans et moins de 1% en dessous. Sur les statistiques de l’Imperial Royal College of London, on retrouve cette accélération dans la courbe au niveau des 70-80 ans. Les personnes les plus à risque de cette pandémie meurent aussi de comorbidité, de complications dues à la fois au virus qui affaiblit le système immunitaire et à des maladies courantes avec le grand âge, dont cardiaques ou respiratoires.

Toutes les données dans les différents pays montrent que la mortalité est profondément différente selon les classes d’âge : en moyenne 80% des décès ont lieu parmi les plus de 70 ans, ce qui recoupe les données anglaises officielles. Au vu de ces chiffres il a été décidé par le gouvernement français de confiner tout le monde, et de laisser ceux qui en meurent le plus, enfermés dans des Ephad. Des personnes malades ayant besoin d’une opération chirurgicale ou de soins suivis en interne se sont vu devenir des patients de seconde zone, priorité étant donnée à la nouvelle épidémie planétaire surgie d’un fatal banquet animalier, un cauchemar de laborantin, une chinoiserie où se croisent chauve-souris, visons et pangolins.

« La science a la chance et la modestie de savoir qu’elle est dans le provisoire, de déplacer les frontières de l’inconnu et d’avancer. » – Marc Augé

Cette nouvelle urgence sanitaire s’est transformée en une situation dramatique et presque inextricable du fait d’une mauvaise prévoyance des autorités publiques – alors que des alarmes sur une pandémie de ce type avaient été lancées par de nombreux spécialistes, épidémologistes et chercheurs en génétique depuis 20 ans – et d’une gestion catastrophique des ressources médicales présentes. La Chine, première touchée avant l’Europe, totalement dépassée au début par l’ampleur et la nouveauté de cette forme virale, inquiète d’une menace de guerre bactériologique ou virale, s’est reprise et a pu limiter la casse du fait de son organisation très centralisée et d’une réelle attention « communiste » au peuple, c’est-à-dire une attention à chacun dans la lutte sans merci que le pays a, après un petit retard à l’allumage, déclenché unilatéralement, en y mettant de gigantesques moyens financiers et humains. L’Italie, première touchée en Europe, a plongé dans la confusion totale et la tragédie humaine, ses personnes âgées ayant payé le plus cher des incompétences sanitaires prônées en haut lieu. La France aussi restera un modèle de désorganisation par manque de clairvoyance et de solidarité, après s’être longtemps enorgueillie d’avoir le meilleur système de santé au monde.

Le manque de coopération et de réactivité internationale a été aussi fatal. Pourtant, des « petits » pays aux systèmes aussi différents que Cuba, le Vietnam, la Nouvelle-Zélande ou la Corée du Sud se sont révélés plus efficaces et ont pu donner une leçon d’humilité aux USA ou à l’Union Européenne. Dans l’Italie du Nord, celle des régions industrielles et riches, les populations particulièrement affectées ont pu tardivement profiter de l’aide bien concrète des médecins cubains et de l’expérience récente chinoise, tout cela dans le noir et le silence des médias européistes. On se souviendra que l’Union Européenne n’a fait preuve d’aucune concertation ni solidarité, encore une fois, en période de crise et même en temps normal. Sauf pour imposer mesures désordonnées et vaccination précipitée.

Mauro Bordin – De la série « L’amour au temps du Covid », huile sur toile, 19×27 cm, 2020

Misères modernes

Beaucoup d’illusions ou de vérités dépassées sont ainsi tombées, en même temps que des vies. Certainement l’effet d’un nouveau « dommage collatéral » tout à fait évitable. Mais il aurait fallu pour l’éviter, enfin sortir radicalement de l’idéologie qui gouverne l’Occident depuis 40 ans, et particulièrement les USA qui ont montré encore une fois au monde entier de profondes failles systémiques dues au néolibéralisme et à mise en concurrence généralisée. Le Covid-19 a cruellement mis en valeur la faillite morale et intellectuelle de certains pays parmi les plus riches et puissants de la planète.

Pour autant, la chute éthique et l’intrumentalisation scientifique à des fins mortifères de l’Occident, si elle ne date pas d’hier, s’est accélérée en ce 3e millénaire. Petit regard dans le rétroviseur de notre époque :

  • 2001, crise politique avec l’attaque terroriste sur un des temples du capitalisme prédateur et de la mondialisation, le Word Trade Center de New-York, qui constitua un trauma visuel en direct, démultiplié par des milliards d’écrans particuliers. Ce qui eut pour conséquence un premier changement de paradigme profond dans la sphère occidentale avec toutes les mesures antiterroristes appliquées en force et très rapidement les semaines suivantes, notamment dans les aéroports ; ce qui fit accessoirement de l’ensemble des voyageurs internationaux des suspects, des criminels potentiels, et non plus des Globe-trotter libres et rayonnants ; un bouleversement des habitudes afin d’obtenir un peu plus de sécurité illusoire contre un peu moins de liberté individuelle réelle et droits civiques, mais qui épargna la psyché populaire des anciens pays communistes comme les rares pays encore socialistes sur la planète Terre ; un traumatisme de pays riches et d’enfants gâtés. Spectaculaire événement au cœur de la société du spectacle, qui fit même sourire beaucoup de monde dans les pays arabes laïques, chez les populations pro-palestiniennes qui y virent une sorte de vengeance divine, une leçon d’humilité aux Maîtres du monde étasuniens et à leurs indéfectibles alliés israéliens.
Mauro Bordin – De la série « L’amour au temps du Covid », huile sur toile, 16×27 cm, 2020

Cette catastrophe paraissait donner pour une fois un profond coup de canif à la première puissance impérialiste, ultra-dominante depuis l’écroulement de l’URSS en 1991. Et puis quel spectacle, digne d’une production hollywoodienne !! Sauf que cette fois-ci la fiction s’invitait complètement, en vedette et en prime time dans notre réel, une réalité désormais partagée par tous. Et le mythe de l’American Dream, déjà sérieusement entamé depuis les années 70, continua de s’affaisser, jamais vraiment rescapé des débris des Twin Towers. Se sont affichés aussi les premiers sacrifices humains presqu’en direct : comment ne pas garder gravé à vie dans sa mémoire ces images des prisonniers des flammes, anges déchus de l’orgueil capitaliste (mais victimes de second rang, des employés du matin pour la plupart qui commençaient leur journée de labeur dans les deux monolithes de verre et d’acier) se jetant dans le vide, filmés pas quelques smartphones furtifs. Remake tragique et grandeur nature d’un grand succès cinématographique de 1974, La Tour infernale, film comportant force effets spéciaux de John Guillermin, avec Paul Newman. Suivirent d’autres sacrifices, des populations entières au Moyen Orient, du fait de la volonté des USA de se rendre justice soi-même et de désigner des boucs émissaires bien commodes pour des guerres néocoloniales d’invasion d’un autre type et commencées avec la destruction puis l’invasion de l’Irak à partir de 1991. Puis ce fut le tour de la Lybie puis de la Syrie, du Soudan, du Yémen…

  • 2008, crise financière, qui plongea aussi bien l’Occident que la Chine, toutes les places boursières de tous les continents dans un abîme économique et social, conséquence de la la logique perverse de la course aux monopoles financiers, aux effets encore aujourd’hui perceptibles. Illustrée par le film-documentaire Inside Job (2010), ou encore par le médiocre The Big Short, « Le casse du siècle »,  avec Brad Pitt (2015). Toujours ce besoin made in Hollywood de la narration et de la simplification, cette nécessité vitale de réécrire et de mettre en scène les turpitudes contemporaines, nos errements et nos aveuglement collectifs, comme pour se distancier et se disculper de devoir les éprouver régulièrement sous la lumière crue du réel. Effets de miroirs brisés dans la société du spectacle universel, absolution par l’image et la projection.
  • 2020, Annus horribilis entre toutes les autres, avec l’arrivée d’un nouveau virus de la famille coronavirus, cousin de celui du VIH (existant depuis 40 ans, jamais éradiqué et pour lequel on n’a pas encore rencontré de traitement définitif ni de vaccin) qui fait trembler l’Humanité dans ses composantes.
Mauro Bordin – « Les paumés », huile sur toile, 38×46 cm, 2021

Parfois comparée dans les médias à d’autres grandes épidémies historiques telle la grippe espagnole au sortir de la première guerre mondiale ou encore aux différentes vagues de peste : celle qui ravagea l’Occident entre 1346 et 1353, la fameuse « grande peste », dite encore « peste noire ». Ou encore la peste bubonique qui a tué 20 % de la population de Londres durant l’hiver 1664-1665, peu avant le gigantesque incendie qui détruisit une grande partie de cette capitale en 1666, année du calendrier chrétien dans laquelle beaucoup virent la marque du Malin, avec le chiffre 666 associé à Satan, nommé également El Señor dans les contes populaires latinos. On pense aussi à certains films de science-fiction et d’anticipation, par exemple L’année des 12 singes,  de Terry Gilliam avec Bruce Willis, et sorti en 1995. Le scénario reposait sur des expériences en laboratoires sur un virus, engendrant un monstre génétique incontrôlé.

« Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés. » – Jean de La Fontaine – Les fables – Recueil II, livre VII

C’est sans commune mesure par rapport à la gravité de ces sombres événements appartenant à d’autres siècles  – et où ici comparaison n’est pas raison. Dans ce cas précis, c’est ressortir du passé un miroir déformé. Sans sombrer corps et âme dans les théories satanistes ou le complotisme de comptoir, il serait au moins sain de sortir de la peur existentielle, de la sidération, de l’enfermement mental, mais aussi de l’infantilisme et de la culpabilisation qui sévit en France. S’extirper de cette persistante dépression collective qui s’est installée un peu partout dans le monde mondialisé du XXIe siècle, comme aux USA, au Brésil, et dans une moindre mesure au Mexique.

De la série « L’amour au temps du Covid », huile sur toile, 19×22 cm, 2020

L’usage du masque (tapaboca pour les hispanophones) s’est répandu, ostentatoire, dans les rues et les espaces publics, des grandes villes aux campagnes, en passant par les lieux de loisir tel la plage ou les parcs dans certains pays soumis à une véritable dictature sanitaire, flirtant avec l’absurde et l’irrationnel. Seul au volant de sa voiture ou en pleine montagne, dans la forêt, la culpabilisation individuelle est reine, la coercition et les punitions collectives pleuvent dans des démocraties supposées exemplaires…

Aberration de l’hygiénisme moderne, et de la croyance que l’être humain est un être vivant à part des autres espèces vivantes sur cette terre. On retrouve ce distinguo depuis les temps modernes, depuis la Renaissance et le Classicisme, qui ont coupé progressivement l’humanité de ses lignages naturels encore vifs aux temps médiévaux, pour la placer sur un socle élevé et désinfecté, afin de séparer le « pur » être humain de de toute impure corrélation avec la faune, la flore, le cosmos et tous les éléments qui constituent pourtant notre univers proche ou pas si lointain que cela. Et de construire une réalité plus cartésienne, plus rationnelle et mesurable, basé sur un savoir encyclopédique mais souvent à des fins de comptabilité capitaliste.

L’expansion urbaine, la déforestation, l’élevage industriel dopé aux antibiotiques et l’exploitation abusive des ressources naturelles, tout comme les flux aussi bien commerciaux que touristiques sont les principaux responsables, pointés à nouveau du doigt. Et jamais remis véritablement en cause. Il faut donc des sacrifices spectaculaires et des sacrifiés pour expier ce péché originel de la Modernité. Ce seront donc les plus faibles, les malades, les anciens et les plus pauvres, les plus exposés qui en supporteront le plus lourd tribut, comme aux temps des grands conflits mondiaux.

Sacrifices réels et symboliques

Au Mexique, le thème du sacrifice collectif est bien plus ancien que cette pandémie, qui telle un Moloch invisible, réduit actuellement la vie des anciens et dévore le futur des jeunes générations. On pense bien sûr au grand sacrifice des cultures précolombiennes et de la population mixteca, lors de la Conquista et des trois siècles qui ont suivi. Vénération aussi de la crucifixion de Jésus, imposée comme expédient et absolution d’un mal sud-américain culturel et originel : les Aztèques, les Mayas et autres civilisations barbares du Nouveau Monde étaient des pêcheurs car eux-mêmes pratiquaient le sacrifice humain du haut de leurs pyramides impies. Les Franciscains et Bénédictins n’ont pas été avares de récits relatant des exécutions en séries, les cœurs arrachés, les têtes qui roulent aux pieds des pyramides en laissant de longues trainées de pourpre et les lacs de sang lors des grandes cérémonies guerrières.

Puis vint le temps de la christianisation forcée des Indiens et le baptême de l’eau, la consommation symbolique et régulière du corps et du sang du Christ, la sublimation du sacrifice du Fils de Dieu étant sensée en finir avec ces pratiques barbares.

Pourtant les nouveaux maitres européens avaient eux-mêmes eu bien du mal à dépasser ces pratiques païennes en usage au temps des Celtes ou dans les arènes romaines. Ainsi, elles se sont reproduites, prolongées d’une autre manière en France, avec l’épisode cathare et le massacre des Albigeois, ou encore plus récemment par celui des protestants lors de la Saint Barthélémy. Puis vint la Terreur et les conquêtes napoléoniennes. L’Europe toute entière n’a jamais été avare de ces grandes saignées, les deux conflits mondiaux du XXe siècle en furent de brutales et terribles répliques. Avec le sacrifice de juifs, de gitans, de communistes, d’homosexuels pour la grandeur aryenne et du mythe dévoyé du surhomme nietzschéen par les nazis… ou pour d’autres intérêts plus triviaux et commerciaux, pour que la classe dominante conserve sa suprématie financière, idéologique et le contrôle des ressources naturelles, avec le saccage des colonies ou des « pays en voie de développement ». Sacrifice des peuples africains, asiatiques, sud-américains lors de guerres comme en Algérie ou de coup d’états organisés par l’armée étasunienne ou la CIA : au Vietnam, au Chili, à Cuba. Massacre des Irlandais par les Anglais, etc.…

Pour revenir au Mexique d’hier et d’aujourd’hui : le massacre des étudiants à Tlatelolco, quartier de Mexico en 1968, dans une zone à la fois archéologique et résidentielle, où les vestiges de temples aztèques et les murs d’immeubles, des dalles scellées entre de longues barres de béton ont bu le sang de centaines d’étudiants militant pour plus de droits et libertés, dans l’esprit du temps, celle des révolutions culturelles des années 60-70. Sacrifice de régions entières comme le Guerrero ou Michoacán à la culture et production de drogues, alimentant un narcotrafic principalement dédié à la consommation de cocaïne, d’héroïne ou autres substances en direction des Golden Boys new-yorkais et des Hipsters californiens. Sacrifices de population villageoise aux intérêts des entreprises multinationales canadiennes, japonaises, familles de paysans empoisonnées par l’usage des substances chimiques répandues dans la nature après l’extraction des minerais. Sacrifice de la santé des Mexicains et Mexicaines, avec le monopole des superettes OXXO (dont le propriétaire est le richissime Carlos Slim, grande figure du capitalisme globalisé) et l’industrie alimentaire, qui inonde le pays en produits OGM, produits chimiques hautement toxiques qui favorisent maladies vasculaires, rénales, respiratoires… de ces malades qui viennent « engorger » les services hospitaliers démunis de ressources en temps normal comme pendant les pics d’épidémie.

Longue liste de sacrifices, non exhaustive…

Coronafolies

Depuis un an, on a pu constater qu’à l’occasion des confinements et quarantaines imposées aux populations de très nombreux pays, surtout riches – et appliqué en demi-teinte au Mexique contrairement à l’Europe du primer mundo – c’est tout un style de vie et l’organisation sociale qui ont été compromis. En plus des mesures de protection recommandées et suivies telles que port du masque, le lavage des mains et la désinfection des lieux publics, c’est surtout le contact humain qui a souffert du virus, le contact physique : finis les classes en présentiel, les rencontres amicales, les événements culturels et festifs, finies les interactions si banales « avant » devenues des bizarreries culturelles dans le « monde d’après ». Distanciation sociale, perte ou chamboulement de tous les repères, sociaux, familiaux, professionnels, culturels, symboliques. Deuil de la Culture en France, martyre des professionnels de la santé, mise au banc du réseau de soins médicaux traditionnels et de la prise en compte du terrain (au sens de nos organismes vivants complexes) pour une gestion centralisée et standardisées en Hôpital public, exclusive et totalement bancale. Sacrifice des vieux dans les Ehpad.

Sacrifice de la démocratie, ou ce qui en restait. Sacrifice du cursus des étudiants, prisonniers entre des écrans-murailles protectrices d’un seul et unique Covid-19, nouveau venu parmi des milliers de virus présents sur terre et jusque dans notre organisme. Certains préfèrent se suicider, se jeter dans le vide de la nouvelle réalité numérique, comme les femmes de ménage et petits employés du Word Trade Center glissaient le long des murs-miroirs d’architectures triomphantes qui ne sont plus, remplacées par d’autres, encore plus glaçantes, plus monolithiques et dominantes. Les fenêtres virtuelles se multiplient mais n’ouvrent plus sur aucun lendemain tangible. Le futur de combien de jeunes gens sacrifié ?? question importe peut aux prisonniers du moment présent.

Sacrifiez-vous, qu’ils disaient…

Avec leur sens habituel de l’humour et de la dérision, ajouté à la distanciation que leur permet à la fois leur culture plurimillénaire et la proximité de la culture occidentale incarnée par leur grand voisin étasunien, les artistes mexicains, et particulièrement oaxaqueños, ont repris à leur compte le thème du sacrifice 2020-2021 de la Coronafolie. On en voit un exemple avec les détails de cette belle fresque murale, présidée par le dieu aztèque de la mort Mictlantecuhtli, et qui illustre ce texte plus haut. Sur les murs de La Máquina Taller de Gráfica, en face de Santo Domingo s’affichent également d’autres œuvres en relation avec l’épidémie de Covid, évolutives au fil du temps : collages, peintures, gravures (voir Le festival des masques). L’usage du couvre-bouche est appliqué jusque sur cette piñata en forme de Coronavirus, consciencieusement copiée de la modélisation scientifique et qui en respecte même les nuances numériques vertes et rouges. Étrange forme étoilée qui brille dans la nuit de nos projections, présente un peu partout sur les murs du centre-ville désormais, et prenant l’apparence d’un visage humain : celui du quidam ou de Big Brother, c’est égal puisque tout le monde est sensé surveiller tout le monde…

Œuvre collective, murs de La Máquina Taller de Gráfica, Oaxaca

Manger ou être mangé

Si le masque chirurgical cache seulement les beaux sourires mexicains, il est clairement devenu un bâillon pour faire taire les peuples encore un peu trop utopiques des riches pays européens, repris par le vertige du totalitarisme. Le monde entier s’automutile et s’auto-surveille, s’auto-flagelle ou s’auto-représente les symptômes de la morbidité et du monde macabre qui s’ouvre devant nous ; ou peut-être qui va se refermer derrière nous comme un piège, c’est selon. Tout est encore confus et en proceso, on avance comme des somnambules.

Les visages s’uniformisent, les sourcils se froncent presque tous automatiquement, chaque voisin pourrait être une menace mortelle si on ne s’écoutait plus du tout les uns les autres, si on ne se parlait plus que par écrans interposés. Du moins si on écoutait que nos angoisses les plus ancestrales de proies et de prédateurs. Pendant que les moulins à parole autorisée sont bloqués sur le décompte des cas positifs et fait évoluer le terme Coronavirus, Covid-19, SARS-SaV-2, le Covid, la Covid qui en profite pour subrepticement changer de sexe en français. Tous fous, tous et toutes co-vidés.

Les narines se bouchent, les bouches se ferment, les oreilles ne servent plus qu’à soutenir les élastiques des masques et à accueillir la Parole de la Sainte Frousse. La fabrique du consentement s’épuise devant tant de mises en gardes, de narrations contradictoires, déversées par la propagande des illusionnistes et autres faiseurs d’avenir, tristes visionnaires. On peut encore au moins garder nos deux yeux ouverts, mais notre corps nous échappe : les accolades se font plus rares, on n’espère même plus une de ces vigoureuses embrassades, le tourbillon des foules. Le chemin quotidien est désormais balisé, plus de déviances et de et de flâneries permises. On est si vite emporté dans le courant de la Cancel Culture !

Personne ne sait plus très bien où on va, où on court. Peut-être à sa perte physiologique avec un programme vaccinal effectué comme un test en laboratoire, grandeur nature et sans filets, qui comporte des thérapies géniques encore jamais vraiment testée ainsi sur les êtres humains. Deviendrons-nous des êtres OGM ? « Hybris », folie des grandeurs ou science sans boussole, chercheurs apprenti-magiciens, dirigeants politiques qui ont oublié tout sens de la mesure… Le monde entier semble avoir perdu le Nord, tout va un peu à l’aveugle, on tâtonne… Mais l’a-t-on jamais su, où on allait, où on va ? Car même si la mort des corps était encore une certitude avant le désir d’éternité de certains hyper-riches, magnats de la presse et Tycoon de l’informatique, richissimes actionnaires matérialistes jusqu’au bout des doigts tapotant des écrans plats, comptables jusqu’aux complexes séquences des génomes du Vivant, le destin restera toujours un grand mystère humain.

À vos masques, prêts, partez !!

Ce qui est certain, c’est que nous sommes entrés dans un univers de nouveaux paradigmes, mi réels, mi virtuels, où le virtuel grignote le réel, où la réalité dépasse la fiction et nous fait entrer dans une réalité d’une intense fiction au service de la Science Numérique, nouvelle religion – ou est-ce l’inverse ? Où les projections mentales et les intérêts financiers dévorent la raison, où les croyances de tout poil, qu’elles soient anciennes ou modernes (lire Le temps des nouvelles croyances), reprennent de la vigueur à défaut de leur droit « naturel » de cité dans la psyché humaine, et où les formes de résistance à l’uniformisation néolibérale, la réduction anthropologique et à la Grande Peur Globalisée seront, elles aussi, radicalement différentes.

Même l’univers semble en mutation : on observe des comètes et des alignements de planètes jamais vus depuis que convergent les Calendes grecques et la Saint Glinglin. Les Zapotèques et les Mayas, dont les ancêtres furent de grand astronomes, des architectes stellaires, ont possiblement encore leur mot à dire dans ce grand Chamboule Tout qui va du microcosme au macrocosme, du microcosme au macrocosme, et sert de fil chorégraphique à la danse universelle actuelle. Celle qui soutient la voute de nos consciences satellisées, des subconsciences qui décrochent, des infra-consciences en quête d’un axe qui animerait le monde suivant de douces révolutions, selon des rotations et des courbes elliptiques toujours aimables à la musique des sphères célestes.

Parmi les peuples anciennement colonisés en Afrique du Sud, au Sénégal, au Mexique, en Inde, en Chine, des populations « secondaires » ou de troisième catégorie sont en train de retourner les choses, ne serait-ce qu’au niveau de l’approche plus stoïque ou pragmatique de la nouvelle épidémie et des solutions à y apporter. Avec des prises de paroles, des prises de conscience, des actions qui changent l’angle de vision dominante et font évoluer la narration convenue de tout ce moment Covid-19 hyper-centralisé et pyramidal. Une narration de puissants rationalistes et de riches pays capitalistes qui commence à échapper à ses principaux scénaristes, ce qui permettra au moins de porter un regard plus clairvoyant sur les Maîtres Urbi et Orbi. Avec la société de spectacle complètement aboutie aujourd’hui, ceux-ci se doivent de tenir les premiers rôles désormais et ne peuvent plus rester en coulisse ni manquer de participer directement à la fête, à leur banquet final. Ils vont se mettre directement en scène, en s’avançant donc toujours un peu plus dans la lumière. Le spectacle va s’amplifier. Il suffit juste de se nettoyer et d’ouvrir les yeux, de regarder ce qui se manifeste, malgré les scories qui viennent souvent se coller sur la cornée, ou même sur son masque de Raison, celui de Folie, celui du Vide…

Et cette clairvoyance ne sera pas un sacrifice de trop.

Florent Hugoniot – Oaxaca 2021

********************************************************************************

ILLUSTRATIONS

Mural « Sacrificios de la Covid », Oaxaca, centro histórico, Calle Miguel Cabrera :

Fresque murale, Oaxaca, oct. 2020, Cesar Viyegas – Instagram : cesar.viyegax

Mauro Bordin – légendes des peintures :

1 – Mauro Bordin – De la série « L’amour au temps du Covid », huile sur toile, 19×27 cm, 2020

2 – Mauro Bordin – De la série « L’amour au temps du Covid », huile sur toile, 16×27 cm, 2020

3 – Mauro Bordin – « Les paumés », huile sur toile, 38×46 cm, 2021

4 – Mauro Bordin – De la série « L’amour au temps du Covid », huile sur toile, 14×22 cm, 2020

Merci à Mauro Bordin pour l’autorisation de publication d’unes de ses oeuvres récentes. Site officiel :

https://mauro-bordin.com/

SOURCES :

Le terme Coronafolie a été repris de l’excellent art

icle de Paul Cassia, Juriste du Droit, publié sur son blog du Club Mediapart.

https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog/230121/crise-du-coronavirus-l-urgence-d-une-remise-en-cause

https://www.liberation.fr/france/2021/01/24/l-absence-de-strategie-vaccinale-du-gouvernement-pique-au-vif-les-soignants_1818335

https://www.lepoint.fr/sante/covid-19-maladie-mortelle-mais-a-quel-point-05-11-2020-2399541_40.php

https://www.lactucitoyenne.fr/actualites/sante/vous-etes-une-usine-a-alimenter-ce-virus-de-la-peur-ivan-rioufol-recadre-la-macronie

https://reporterre.net/Tout-le-monde-craque-les-jeunes-activistes-du-climat-sonnes-par-le-Covid

https://reporterre.net/Nous-entrons-dans-un-isolement-ou-nous-confondons-la-connexion-avec-le-lien

https://www.letemps.ch/monde/lafrique-sud-brave-rumeurs-tester-un-vaccin-contre-covid19

https://www.jeuneafrique.com/1058109/societe/artemisia-baobab-ces-plantes-africaines-qui-pourraient-aider-a-lutter-contre-le-coronavirus/

https://www.bacdefrancais.net/les-animaux-malades-de-la-peste.php

A propos lapartmanquante

Part-iciper, part-ager, part-faire, part-ir, partout et par ici !
Cet article, publié dans Promenades dans le réel, Street Art, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s