La démocratie est-elle dans la rue ou sur les murs ?

Le Mexique oppulent et dormant à côté de la population oubliée, los olvidados

Ci-dessus, une illustration du Mexique oppulent et dormant à côté de la population oubliée (los olvidados)

C’est une période électorale importante qui a lieu simultanément dans chaque État du Mexique. Ce grand pays étant une fédération d’États, un peu comme aux USA, avec une représentation législative dans chaque capitale, et une centralisation à Mexico, les élections législatives mexicaines de 2021 ont lieu le dimanche 6 juin afin de renouveler les membres de la Chambre des députés de Guadalajara, Zacatecas ou encore Oaxaca par exemple.

À Oaxaca comme ailleurs, le ballet des véhicules publicitaires dans les rues, accompagnés de slogans plus simplistes les uns que les autres et de chansons enfantines, bat son plein. Les stratégies de communication dépensent des millions de pesos pour atteindre leur but, convaincre par tous les moyens les électeurs pour assurer la victoire de tel ou tel parti politique.


Morena (qui est le parti de l’actuel président AMLO, à tendance social-populiste et souverainiste), le PRI (ancien parti révolutionnaire resté des décennies au pouvoir, en devenant néolibéral, mondialiste et conservateur), le PAN, plus une mirielle de petits partis tel le partido Verde, qui monnayent chèrement leur affiliation ou leur menace de trahison par opportunisme et surtout pour des intérêts sonnants et trébuchants. Les investissements dans les infrastructures publiques pour un futur récent ou encore la 4T (les 4 transformations, programme de Morena en cours d’application) en dépendent.


La 4T, c’est quoi ?

Le terme fait référence à la vision qu’a López Obrador de son gouvernement.

1-  Combattre la corruption, les « abus » et privilèges dans le gouvernement du Mexique, penchant naturel des présidents et gouvernements précédents, qu’AMLO veut éliminer avec son plan d’austérité.

Le président élu veut placer son sexennat, qui a débuté le 1er décembre 2018, au niveau de trois autres moments clés de l’histoire du Mexique :

2-  La Independencia : le mouvement armé pour se libérer des 300 ans de domination espagnole de 1810 à 1821.

3 – La Reforma : la guerre entre libéraux et conservateurs de 1858 à 1861. Après ce conflit, sont apparues les « Lois de Réforme », parmi lesquelles la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Benito Juárez, le personnage originaire de Oaxaca, le seul président d’origine indienne de l’histoire du pays est le plus admiré par López Obrador. Il fut le protagoniste central de ce moment.

4-  La Révolución : conflit armé contre le régime de Porfirio Diaz entre 1910 et 1917. À la fin de la Révolution, la Constitution en vigueur au Mexique a été promulguée.

Comme ces événements historiques, AMLO veut que sa présidence entraîne un changement profond pour le pays. Ce changement est en cours mais n’est pas totalement assuré dans la durée, du fait du jeu des oppositions politiques et de la dépendance économico-financière du Mexique principalement avec les USA, et les privatisations effectuées par le PRI et le PAN antérieurement.

La question énergétique est primordiale, le pays produisant du brut qui est mélangé et raffiné aux USA puis revendu au Mexique, entre autres clients, avec une confortable marge béneficiaire. Il n’y a pratiquement pluss de raffinerie en activité, et le champ pétrolifère du Golfe du Mexique, anciennement nationalisé par le PRI à ses débuts dans les années 30, créant la compagnie pétrolière nationale PEMEX, a été grandement morcelé avec des nouvelles concessions accordées à BP ou à Exxon ces dernières années.

De même avec la production et le réseau électriques, l’utilisation de l’eau potable (dont une part non négligeable au Nord du pays va irriguer les agricultures des États du Sud des USA, par contrebande) ou le developpement des nouvelles technologies du numérique.

Voici pour les thèmes politiques du moment, tandis que certains représentants Morena se voient, à l’épreuve du pouvoir, taxés de plus en plus de clientélisme et de corruptions locales ou nationales. C’est le jeu ou plutôt le cirque démocratique, pourtant les faveurs de la majorité penchent toujours du côté d’AMLO et son parti, à la barre depuis plus de deux ans.

Mais revenons à la rue, à Oaxaca, où l’expression démocratique persiste fortement, à défaut d’avoir des représentants de Morena irreprochables, toujours soucieux du bien public et bien avisés. Les récriminations continuent de se lire ou voir sur les murs du centre-ville colonial, au sujet des défavorisés, du droits des communautés indiennes, les municipios et de la corruption persistante, des abus de pouvoir parmi les sujets les plus sensibles abordés.

Entre les oeuvres d’artistes de Street art, surtout de la peinture sur papier, découpées et collées, et les caravannes publicitaires (dont l’apparition surréaliste d’un char pour un parti rose inconnu, accompagné de la célèbre pantére rose en papier maché comme les piñatas, un vrai carnaval ou une fausse gay-pride, mais je n’avais pas mon apparei photo sur moi…), j’ai choisi de vous présenter le plus intéressant, c’est à dire l’aspect réllement artistique et revendicatif de l’Arte urbano. Et le retour au réel n’est pas aussi léger et positif que les slogans politiques, mais renoue le fil de la longue lutte du peuple mexicain pour ses droits, sa dignité et son autonomie.

Ce sont principalement des peintures grand format, des fresques palimpsestes visibles en ce moment sur des façades qui se situent à côté du zócalo, la place principale. Ainsi, sur les murs du gymnase de l’Université, le sujet du Covid et des masques a été effacé par celui des misères quotidiennes et très concrètes du petit peuple (lire Le bal des masques). Une manière de faire tomber les masques, les fausses promesses et faux-semblants, avec des dénonciations tres directes, parfois même nommément…

Cette nouvelle sélection à la fois figurative et caricaturale dans la grande tradition de l’art graphique mexicain, est très intéressante dans la mise en forme des thèmes retenus, et semble aller dans le sens de l’expressionisme allemand pour son aspect contrasté, tranchant et sans compromissions. Elles sont la création d’un collectif qui se nomme GUERILLA VISUAL.

Florent Hugoniot

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SOURCES

https://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-45712329

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