Barbare bourgeoisie bohême : les Bobobars

Nature dormante – Photographie Florent Hugoniot

¡Qué bárbaro!

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Cette locution espagnole m’a toujours faite sourire. Au Mexique, celui ou celle qui l’utilise dans une situation où la grossièreté et le manque d’éducation sont manifestes, traduit ainsi sa stupéfaction d’une façon un peu rétro, un peu comique. Plus utilisée au nord qu’au sud du Mexique, elle marque plutôt qu’elle ne démarque : une partie dans le camp des « civilisés », l’autre dans le camp des « barbares » ; ce qui dans le contexte néocolonial mexicain, manifeste une trace de classismo ; le système de castes-dynasties de peau claire et d’origine espagnole (mais pas uniquement, communautés d’origine étrangère, métis millionnaires et plus) dominant la large classe moyenne composée de différentes ethnies et créolisations, étant toujours d’actualité dans le pays.

Cette division entre Nord développé et Sud sous-développé se retrouve au Mexique non pas géographiquement, mais dans la mosaïque socio-économique de sa population, avec de très grandes différences et inégalités. La position de surplomb aristocratique ou grand-bourgeoise de certains Mexicains et Mexicaines (on pense aux Grands d’Espagne) éventuellement teintée de raillerie typiquement nord-américaine, tout comme l’attitude de beaucoup de touristes des pays riches visitant le pays, est une autre forme de racisme à tonalité économique qui exige les meilleurs traitements, des soins et marques de respect privilégiés. Dans la composition socioculturelle du pays, il correspond aussi à une idéologie stimatisante comportant de nombreux tabous et non-dits, sous prétexte de globalisation et de compétition pour la survie, au final pour la reproduction des élites financières et administratives, la suprématie non contestée des cartels.

Le Mexique englobe dans sa réalité les premier, second et troisième mondes, ce qui signifie les classes privilégiées ayant comme modèles les USA, l’Italie du nord ou la Suisse, puis la classe moyenne, salariée et enfin celle des pauvres, populations natives (expulsées par exemple régulièrement de leurs territoires traditionnels à cause du boom immobilier ici à Oaxaca) dans une société avec peu de protection sociale. Ce pays représente pour son grand voisin étasunien une telle menace d’invasion de travailleurs pauvres et de la culture latino et catholique, que les USA érigent depuis des années un mur presque infranchissable à leur frontière avec le Mexique, chose inconcevable avec le Canada.

De son côté, la France s’est développée et transformée au sein de L’UE autour du thème central de l’oasis européen de prospérité économique, de la captation-concentration des richesses et de la monnaie forte à défendre contre l’envahisseur : les musulmans, les migrants et les sans-papiers dont certains reposent au fond des mers encerclant cet El Dorado pour de nombreux peuples africains, des Balkans et du Moyen-Orient.

Jean-Christophe Rufin a popularisé la formule des « nouveaux barbares », avec son essai L’Empire et les Nouveaux Barbares, publié en 1991 aux Éditions Jean-Claude Lattès. Médecin, écrivain et diplomate français, il a été élu en 2008 à l’Académie française. Ancien président d’Action contre la faim de 2002 à 2006, Rufin a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambi (selon sa bio Wiki).

Voici la présentation du livre L’Empire et les Nouveaux Barbares par l’éditeur :

« 1991. Deux ans après la chute du Mur de Berlin, Jean-Christophe Rufin publie L’Empire et les nouveaux barbares. Au credo sur la globalisation et le nouvel ordre mondial, il oppose le risque d’une nouvelle fracture planétaire. Il annonce qu’au face-à-face Est-Ouest menace de succéder un ordre mondial comparable à celui qui prévalait dans l’Antiquité, en particulier pendant l’Empire romain. D’un côté « nous », le Nord, qui représente l’Empire, concentre les richesses, la puissance, fixe la norme et dit le droit ; en face « les autres », le Sud, hétérogène, auquel serait dévolu le rôle des « barbares », forces à la fois marginalisées et potentiellement hostiles, rejetées de l’autre côté d’un limes qui permettrait de les tenir à distance. Or, l’illusion, prévenait Jean-Christophe Rufin, était précisément de croire que la misère, le chaos et les conflits pourraient être durablement tenus en lisière de cet ordre inégal.

2001. Dix ans après la première édition, contre Fukuyama et l’optimisme de la fin de l’Histoire, contre Huntington et le cynisme du Choc des civilisations, les attentats du 11 septembre et la guerre qui leur fait suite confirment les thèses et les craintes de ce livre. L’Empire et les nouveaux barbares énonce avec une particulière clarté la nouvelle et complémentaire exigence de justice et de sécurité. En cela, il se révèle être un livre majeur, visionnaire, prémonitoire du siècle qui s’ouvre. En voici la nouvelle édition revue et augmentée d’une préface et d’une postface inédites mettant en perspective la décennie écoulée, le tournant de septembre 2001 et les grandes questions de demain. »

La famille de Babar – Babar est un éléphant de fiction, héros de la littérature d’enfance et de jeunesse imaginé par Cécile de Brunhoff, mis en album et illustré par Jean de Brunhoff. Il est apparu pour la première fois en 1931 dans le livre Histoire de Babar. (Wikipedia)

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L’Empire du factice

Selon une vision inversée des Nouveaux Barbares, c’est plutôt dans le contexte franco-européen que cette formule semble avoir plus d’avenir, surtout sous le néologisme « Bobobar ». En effet, le Bobo (ou Bourgeois bohème, le cool des années 1990) aime les bobards qu’on lui serine à longueur de jours et nuits dans les médias de masse. Il, elle ne vit que de l’illusion d’incarner un être éclairé, éduqué, perspicace et fin, dans un monde inversé où la lumière naturelle a été éteinte par de grands manitous invisibles, où l’obscurité totale le dispute aux ombres, et où le « noir absolu » cher au peintre Pierre Soulages ne fait naître aucune brillance ni fulgurance.

En 2022, je le renomme donc le Bobobar, sachant que la population répondant à ce néologisme (soit nouveau mot, barbarisme signifiant autre chose, voir ci-dessous) s’est largement amplifiée dans la société française, suite à la psy-opération de la Coronafolie, mais aussi à l’Apocalypse Climatique, à la « menace terroriste » instrumentalisée spectaculairement depuis 2001. Tandis que le fossé s’est creusé entre les Bobobars, les « complotistes », et le troisième groupe  des neutres et les dépassés par les événements, la fumeuse « majorité silencieuse ». Le quatrième groupe, celui des possédants et des décideurs, à part quelques figures notables qui aiment la lumière des projecteurs comme Gate, Musk, Trump, Macron de Rothschild, Trudeau, Lagarde (ou qui sont obligés de s’avancer sur scène pour des raisons stratégiques) se tient bien consciencieusement dans l’obscurité, loin des foules barbares, mais se connaissent et se reconnaissent parfaitement à la lueur de leur triste flamme.

Barbarisme

– par exemple « aréoport » au lieu d’aéroport –

Forme d’un mot qui n’existe pas dans la langue à une époque donnée et dont l’emploi est jugé fautif. (Larousse)

L’extrême sophistication des sociétés occidentales contemporaines a paradoxalement mis en relief, en parallèle de leur puissance technologique – mais aussi avec la certitude de posséder la suprématie, et donc l’aveuglement de l’hégémon – des failles de comportement énormes, des débilités psychologiques largement partagées, à tel point que la psychologie sociale doit être mobilisée. Pendant deux ans de Coronafolie, la population française comme toutes les populations européennes répondant de l’administration de l’UE, incluant également la Suisse (sauf la Suède et le Danemark), ont vécu ce qu’on peu appeler une psychose collective du fait d’une manipulation des esprits avec absolument tous les leviers politiques, administratifs, médiatiques, mais aussi à grand renfort de corps de métiers, de syndicats. Suite aux victimes collatérales de la « politique sanitaire » impulsée par l’OMS et par Pfizer/Moderna dans les populations de l’Empire même, et appliquée dans de larges zones de la planète, on observe maintenant des stratégies d’occultation et de refoulement de tout ce que ces deux années ont remué de vase et d’eaux troubles dans le fonctionnement d’une des plus grandes démocraties d’Europe : la France dépositaire de valeurs universelles comme le pacte Liberté-Égalité-Fraternité, mais aussi le respect de la personne dans son corps, son esprit et ses déplacements, l’expression de ses sentiments ou de ses opinions politiques, la libre spéculation scientifique, le secret de sa vie sentimentale, et enfin le choix éclairé de sa sexualité – et non l’imposition commerciale de la guerre des sexes, l’instrumentalisation chirurgicale des genres comme cela s’étale partout en ce moment.

Ce qui a dévoilé l’extrême fragilité de la société française dans son homogénéité et dans ses valeurs, ses certitudes. Des valeurs martelées depuis au moins 40 ans : transfert de souveraineté vers une structure antidémocratique, l’UE, l’unique espoir pour ne pas revivre le passé nazi de l’Europe. Or c’est l’inverse qui se manifeste : l’UE n’es absolument pas démocratique mais idéologique, elle entretient le pire lobbying, la corruption de ses fonctionnaires et la fascisation avancée de tout le sous-continent eurasien, avec la guerre en Ukraine (pays à l’État en faillite, désormais compatible dans le moule unioniste en tant que salut de la démocratie et rempart à la « menace barbare » des Russes) auprès des néonazis et des mercenaires de l’OTAN.

L’UE fait de la soumission des peuples exploités sa principale devise ; pas seulement les « déclassés » qui constatent la disparition des agences publiques, autrefois de grande qualité, d’entreprises privées d’importance stratégique, des services sociaux et même de la médecine de proximité ; mais aussi ceux qui réussissent et payent leurs impôts sans aucun droit de regard ou de vérification de l’utilisation de l’argent public, de la dette également publique, ou des décisions d’importance nationale comme internationale. La majorité peut seulement constater, se lamenter de l’image lamentable que donne de la France le président actuel en exercice, E. Macron. Son comportement dans les gradins de la Coupe du monde au Qatar, un adolescent halluciné échappé des vestiaires, fut éloquent : improvisation ou scène mûrement répétée ?

Car l’empereur ou le roitelet doit toujours assurer du pain et des jeux à ses sujets.

On a ce sentiment que dans ce monde de valeurs inversées, ce sont les caractères les plus pervers qui accèdent au haut de l’échelle sociale, par tout un système de hiérarchies et de filtres. Si elles ne faisaient que manquer d’empathie ce serait encore le moindre mal, une attitude classique de l’aristocratie. Mais ce sont des éléments extrêmement néfastes qui tiennent les leviers du Village Glogal, sans aucun contre-pouvoir efficace, et qui ressemblent de plus en plus aux irresponsables nazis, mus par la conviction de leur propre supériorité, voire déité ; prêt à se servir de la population mondiale pour des fins criminelles, comme dans un immense laboratoire à ciel ouvert.

La publication de Stanislas Berton dont voici un extrait ci-dessous explique le processus de prise de contrôle de la société par une minorité de psychopathes, pervers narcissiques ou sociopathes, qui, insensible, amène progressivement à l’effacement de toute trace de contestation dans la majorité, via la stratégie du sacrifice d’une partie de la population et du bouc émissaire.

« Pour comprendre la nature de ce mal qui frappe nos sociétés, il est nécessaire de faire appel à une discipline très peu connue développée par un collectif de psychologues et psychiatres polonais durant l’occupation de leurs pays : la ponérologie, c’est-à-dire l’étude du mal d’un point de vue biologique et psychopathologique. (…) Pour simplifier, l’idée maîtresse de cette discipline est qu’il est possible de comprendre le mal en étudiant les facteurs cliniques et psychopathologiques rendant possible son émergence. Selon les études menées par les ponérologues, il existerait au sein de chaque groupe humain, une catégorie de personnes, de l’ordre de 0.6% à 1% de la population totale, marquées, soit par l’effet de lésions cérébrales, soit par un facteur héréditaire et génétique qui reste à identifier, par des troubles de la personnalités graves, notamment la psychopathie, au sens clinique et non commun du terme. »

Lapartmanquante a également traité ces aspects à sa manière dans :

Le Bobobar

« Mouton de Panurge » est un pseudonyme de bobobar, ainsi que « Béni-oui-oui » mais aussi « Tartuffe ». Ou encore « Voleurs de la République » comme que le chante si bien Alpha Blondy dans le morceau du même nom. Des voleurs/violeurs de la chose publique, soit qu’ils s’en désintéressent complètement, soit qu’ils s’y intéressent seulement pour en profiter, en exploiter les failles administratives, bancaires, afin de l’instrumentaliser et d’en obtenir des privilèges éphémères mais bien croustillants. L’État providence comme de droits est pour ces derniers une sorte de Mère Nature, de seconde Amazonie ou Afrique à piller de ses ressources et de ses subventions. Les classes aisées en France sont les plus à même de bénéficier des aides sociales et allocations, tandis que les déclassés (« dégats collateraux » du néolibéralisme) peinent à trouver les justes informations pour leur survie économique et sociale. Les plus grands « assistés » étant les entreprises du CAC40 et leurs actionnaires, des gardiens de l’ordre établi comme les journalistes officiels adoubés et les policiers gavés de transferts d’argent public, provenant des impôts et des taxes, des contraventions également.

Davantage accentué avec la présidence de Macron, le monarchisme sans roi ni reine, la politique sans tête mais avec une foule de courtisans, de mécènes, d’agences de conseil étasuniennes tel McKinsey, d’officines privées liées à des intérêts d’actionnaires mondialisés tel BlackRock, refont vivre à Paris le lugubre théâtre de l’Ancien Régime. La corruption est une pratique quasi-officielle et assumée des sphères du pouvoir. Un décorum rétro, le revival de l’esprit versaillais, c’est probablement une faveur accordée à la France par les décideurs du village planétaire : un rôle de décor touristique et nostalgique, un parc d’attraction de luxe, comme le souhaitaient les nazis germaniques dans leur projet européen.

Le Bobobar aime l’eau tiède et vénère son confort personnel, et il est important que les trois aspects de son confort – le matériel, le moral et l’intellectuel – soient entretenus constamment, par exemple par les illusions collectives que créent la société publicitaire-spectaculaire, par ses propres projections et rêveries, par les mass-medias qui donnent le ton du storytelling globaliste, sur le modèle anglo-américain. Dans ces trois domaines il est maître chez lui, quitte à vivre complètement en dehors de la réalité et de tourner le dos au désir de vérité, même s’il doit vivre dans une vapeur d’irréalité permanente. Comme l’a formulé George W. Bush, 43ᵉ président des États-Unis, en fonction du 20 janvier 2001 au 20 janvier 2009, fils de George H. W. Bush (41e Président des USA de  janvier 1989 à janvier 1993) :

« Maintenant nous sommes un empire et nous créons notre propre réalité »

Le bobobar adore les bains chauds, afin de se relaxer et oublier tous les malheurs du monde, ses propres démissions devant l’adversité et pour préserver des valeurs auxquelles il ou elle feint de croire, s’étant converti corps et âme à l’économie de marché, à la compétition généralisée et totalement faussée, au dépassement des règles de sécurité élémentaires, au cynisme englobant l’euphémisme et le doute sur tout ce qui ne partage pas son autosatisfaction de mise. Le confusionnisme seconde son mode de pensée binaire, avec la comparaison et la mise en perspective de tout et n’importe quoi afin de se rassurer, de se sentir en sécurité, toujours au centre de son univers doré. L’équation du Bien et du Mal lui est toujours facile à résoudre, même s’il chamboule à dessein quelques règles de mathématiques, invente un nouveau langage provisoire, utilise « l’écriture inclusive », ou use de méthodes de prestidigitateur dans ses raisonnements – la cancel culture – quitte à diaboliser ce qu’il aimait, tolérait hier, sanctifier ce qu’il honnissait avant-hier. Sa douce intolérance nourrie au soft power est magistralement analysée par Gorgio Agamben dans Le licite, l’obligatoire et l’interdit.

Il ou elle adore évidemment la bonne chère, car en plus d’être dans une fuite en avant égocentrique, c’est un épicurien des temps modernes. Mais il ne se rend pas compte, dans son bain chauffé en permanence avec l’énergie des autres, qu’il s’est mis lui-même à la place de son souper.

Nid de la nuit – photographie Florent Hugoniot

Normal, le Bobobar est à la fois sourd et aveugle à toute contestation réelle, toute critique un peu construite, et un peu anthropophage. La parabole de la grenouille est ici évidente : la température du bouillon dans lequel il trempe est montée progressivement, insensiblement à ébullition, et après avoir bouffé beaucoup de ses congénères dans sa course à la réussite et à la reconnaissance sociale, il pourra enfin se bouffer lui-même et la boucle sera bouclée…

Le Bobobar n’ouvre jamais un livre de littérature trop subversive, de celle qui n’est pas autorisée par les prix littéraires de la rentrée scolaire (Goncourt, Renaudot, Femina, Intérallié, etc.), c’est trop dangereux pour ses neurones fragilisés, désorganisés. Google Info est donc plus sain pour lui, et Instagram plus excitant. Il aura un penchant pour les nouvelles et les infos qui « défendent la cause féminine », seule lutte existentielle qui vaille l’effort. Elle ou lui soutiendra mordicus les révolutions colorées initiées par la CIA dans les pays à manipuler, ou le grossissement d’evénements locaux allant dans le sens des intérêts de l’Empire, via les médias au ordres. Mais, la machine se grippe de plus en plus, les néofémistes sont désormais traitées de misantropes, les ONG financées par la CIA de moins en moins acceptées dans les autres mondes : ainsi en Iran la légitime révoltes d’une partie des femmes n’a pas pu être récupérée et optimisée par les médias atlantistes aux ordres dans une nouvelle campagne de diabolisation de ce pays ennemi.

Heureusement, tout est fait pour le divertir des vrais problèmes, même s’il prend ses projets perso d’enrichissement matériel et de compatibilité au système très au sérieux.

Dans l’univers du Bobobar, tout doit être festif, et dans les moments les plus difficiles on sait jouer la commisération et l’attrition, mais juste  le nécessaire pour le paraître. Car rien n’a d’importance au final sinon la puissance financière qui permet de tout racheter ; les grandes réflexions métaphysiques sur le sens d’une vie, le rapport à la mort et donc à ce qui nous dépasse, le sacré, sur l’inclusion de l’espèce humaine dans un écosystème à la fois terrestre mais aussi spirituel, symbolique, ne sont plus à la portée du Bobobar. À l’abri dans son nid douillet, le couffin dont il n’est jamais sorti et qu’il a transformé progressivement en Tour d’ivoire, il ne peut voir ni entendre et encore moins formuler ce qui contredit cet univers factice mais ô combien savoureux et confortable, certainement envié par le monde entier. Il peut encore pleurer sur la disparition d’une partie des petits oiseaux dans le parc ou le square qui jouxte son domaine privé, son sanctuaire d’Ali Baba ; mais si un jour pour des raisons supérieures (en vrac le besoin de libre circulation des données, des fortunes virtuelles, d’informations personnelles, de l’avancée technologique, la compétition interne au système pour survivre, mais surtout pas la libre circulation des humains trop réels, trop vrais, trop sales) on soit obligé de raser cet espace vert public, il n’aura aucun état d’âme. D’autant plus qu’il voit toujours la partie pleine du verre : avec une présentation du nouveau programme immobilier « performatif et inclusif », il et elle s’enthousiasmeront et pourront officier pour leur religion absolue et universelle : la Totale Positive Attitude, accompagnée de néo-puritanisme et d’une énorme faculté d’oubli. Le Bobobar dit toujours OUI au final, et en général au pire.

Depuis qu’il évolue sur cette terre, il est modelé par la publicité et la propagande occidentale. Il, elle a intégré qu’il est impossible de dire NON aux nouveaux modèles de smartphone, à la 5G, au contrôle-instrumentalisation-rachats des données personnelles, confidentielles ou médicales en ligne, à la destruction systématique du service public, comme à la fin de la guerre en Ukraine qui marquerait les limites terrestres de l’OTAN. Et se dématérialise, se désintègre mentalement, se liquéfie chaque jour davantage dans une société de promotion de toutes sortes de désirs et d’envies, entretenus perpétuellement par des injonctions et des obligations provenant de partout, de chacun, puisque chaque sujet de l’Empire est appelé à devenir un émetteur-récepteur de mises à jour de la Matrix. Il est un propagateur viral d’ordres subliminaux et sublimés.

Le, la Bobobar est furieusement écologiste, jusqu’à un certain point. Ainsi les contradictions ne l’embarrassent pas trop : l’effort écologique doit être soigneusement présenté, emballé de toutes les vertus, plutôt dans une boutique tendance et friendly d’un centre-ville raffiné qu’à la campagne qui sent la bouse de vache (quand elles paissent encore en liberté dans les champs). Même si la plupart de ses gestes sont calculés et optimisés – parfois des gouttes d’eau ayant l’innocence et la fraîcheur du colibri – le vol des tourterelles, des grues, des corbeaux, des faucons et des aigles est au-delà de ses rêves d’Eden. L’économie du numérique, si aérienne et impalpable, est valorisée au-delà du raisonnable et même du soutenable. Pour autant, l’énorme gaspillage des ressources qui en résultent, les guerres pour les minéraux rares qui composent les circuits de son smartphone, la demande exponentielle d’énergie électrique pour faire fonctionner le réseau Internet globalisé font partie d’un autre monde, trop loin et trop flou pour sa perception. Au nom de la Nature, elle, il est prêt à faire le sacrifice d’une partie de la population mondiale. Mais ne remetrra jamais en cause le sacro-saint consumérisme et la compétition du paraître. L’auto-subsistance est son idéal, chacun est responsable de tout et de rien, l’effacement de la plupart des liens sociaux une fatalité biologique, nécessaire au final pour conquérir son autonomie adulescente. On ne s’assemble qua’avec ses semblables, les autres n’ont qu’une vie souterraine, paralèlle ou virtuelle…

Le Bobobar a trouvé néammoins une porte de sortie honorable : la fuite en avant dans l’informatique, les jeux vidéo, l’IA et donc l’économie numérique monopolistique, la vente en ligne, les GAFAM, Ikéa, Uber, Zoom, grands gagnants de la Coronafolie. Il faut bien passer son temps à faire quelque chose, quite à le perdre ou le diluer. Il, elle a adopté la saine distanciation, la politique-spectacle et autres flashmobs virtuels qui donnent l’impression de faire quelque chose d’utile pour la société, les logiciels de fabrication d’images et de textes robotisés afin de se créer une réalité plus belle, plus intéressante, plus pertinente peut-être… Plus séduisante certainement : que ce soit dans le réel ou le virtuel, le bobobar vit toujours dans un univers sexy et fortement érotisé, parfois pornographique pour la bonne cause !

Le seul NON qu’il ait le droit de formuler en public a été largement défini par les publicitaires, les psy-opérateurs et par les pouvoirs de tout ordre dans le monde occidental (oxydental est un néologisme issu des sphères de la droite dure / l’extrême droite française mais qui est éloquent), dans des mantras partagés sur les réseaux sociaux : NON à tout ce qui menace mon confort, et principalement mes certitudes d’être un Roi ou une Reine, dans le Premier Monde. NON à la propagation des idées du Front National dans le milieu populaire, anciens ouvriers et nouveaux prolos, la menace fasciste qu’il voit désormais partout dans sa crainte d’être contredit par les fais, sans prendre la juste mesure de ce phénomène et ce qu’il exprime : un rejet des valeurs mondialistes, un retour sur le principe de réalité, un repli sur des valeurs traditionnelles voire réactionnaires.

NON, NON à l’intolérance et à la guerre, tant de belles paroles creuses, tandis que la plupart de ses décisions et actions y mènent. Le Bobobar déborde de bons sentiments jusqu’à l’écœurement, il est toujours responsable afin de conserver ses privilèges et son statut, jamais coupable.

Le Bobobar conspue le racisme, mais se complait dans une société fragmentée en classes sociales et groupes d’intérêts. La pire des infamies étant d’y rester pauvre, de n’être pas assez astucieux pour « profiter du système ». La discrimination y est devenue avant tout d’ordre économique, moral, langagier et comportemental.

« J’appelle « société de provocation » toute société d’abondance et en expansion économique qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation et à la possession par la publicité, les vitrines de luxe, les étalages alléchants, tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu’elle provoque à l’assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu’elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit. »

Romain Gary – 21 mai 1914 / 2 décembre 1980.

« La flèche de Notre Dame s’écroulera une heure après le début de l’incendie » – Photographie Yann Vernerie – Escale de nuit

Le Bobobar assiste impuissant à l’incendie de Notre Dame à Paris en 2019, le jour de la plus importante fête chrétienne (le Lundi de Pâques) depuis les quais de la Seine ou sur son écran. Il regarde le spectacle des flammes manger la toiture historique, rénovée à l’identique de l’originale par Violet le Duc au XIXe siècle, ce qui fut à l’époque un chantier colossal et couteux. Tout comme nous avons tous mondialement assisté, sidérés à l’écroulement des deux tours (oups, trois) du World Trade Center en 2001.

Le Bobobar ne se pose pas de question. Par exemple pourquoi dans un des monuments historiques les plus visités au monde, et bien que générant des profits touristiques directs et indirects très conséquents pour la France, le système de sécurité incendie était aussi archaïque ou mal foutu, mal suivi ? Comme il y a toujours une solution à tout, le Bobobar s’extasie quand F. Pinault, un milliardaire français et mécène absolument désintéressé, propose de refaire un toit plus moderne, comme sa fondation du même nom dans le Bois de  Boulogne, en verre et en acier…

Que ce soit un accident ou un acte malveillant, intéressé en vue de futurs investissements juteux, réaménagement de l’Île de la Cité pour en faire un parc touristique de l’élie occidentale et privilégiés de la société de consumation, les autorités en charge de la sécurité de la cathédrale n’ont aucune excuse pour leur irresponsabilité. Le diocèse peut manger ses chapelets et l’État son chapeau. On peut aussi envisager que cet événement fait partie d’un plan de la « théorie du choc » selon Naomie Klein, un plan orchestré sur le plus long terme ; la stupeur engendrée, le choc émotionnel collectif participent de la démoralisation du peuple de France, de la disparition de ses emblèmes nationaux, de ses symboles historiques et spirituels… Conspiration criminelle ou manque de chance, il est trop tôt pour y voir clair dans ce nouvel écran de fumée. Pour le moment, l’article de Waldemar Kamer paru sur le blog Le Chiffon retrace toutes les démissions et erreurs fatales des concernés :

« La raison de ce mutisme est simple : tous les rapports sont gênants pour les principaux responsables du drame, l’État en premier, l’église (le diocèse de Paris) et les pompiers (à Paris des militaires). Très gênants même, vu la médiatisation enflammée de l’incendie, qui a battu tous les records d’audimat : jamais un feu n’a été suivi en live par autant de personnes dans le monde, jamais il n’y a eu autant de tweets de sympathie de chefs d’État en live et jamais 100 000 personnes dans le monde entier ont versé en moins d’une semaine la somme inégalée de plus de 800 millions d’€ de dons pour une reconstruction. Parce que Notre-Dame est un symbole de Paris et de la France. (…) A 19h56, le monde entier – record d’audience absolu ! – suit en live comment la flèche en flammes s’effondre et transperce le toit de la cathédrale. L’ordre est donné aux pompiers de quitter la cathédrale et ses abords au plus vite et l’île de la Cité est évacuée, car le ministre de l’Intérieur annonce que la tour nord pourrait s’effondrer et entraîner toute la cathédrale dans sa chute. Ce n’est qu’à 21h qu’on commencera à déverser des grandes masses d’eau sur le toit. Des images qui ont fait le tour du monde — sans préciser que c’était 3h après le départ du feu. »

Babar, apparu pour la première fois en 1931 – une époque de compromission, de déliquescence et d’hypocrisie déjà bien avancée de la société française dans le cadre de l’époque, pourrait être l’icône des Bobobars d’aujourd’hui : il est toujours gentil et compréhensif, respecte les valeurs familiales (celle des familles régnantes des cours d’Europe), la hiérarchie, l’Église, l’étiquette et les us et coutumes. Il se comporte un peu comme Haroun El Poussah, calife de Bagdad dans la série de BD Iznogoud créée par René Goscinny (scénario) et Jean Tabary (dessin) en 1962 : il n’a rien fait et ne fait rien pour mériter sa place, mais la conserve avec soin, esprit et gourmandise.

Si Télérama en fait toujours la promotion, on peut être certain que Babar n’a absolument rien de révolutionnaire pour les petites têtes blondes, brunes, rousses ou crépues, à plus forte raison en 2022.

Le Bobobar est courtois, poli, d’une précision et d’une ponctualité presque maladives. Totalement indécent dans sa certitude d’incarner un être supérieur, il, elle ne voit dans son miroir qu’un modèle sociétal, une personne éduquée et très propre sur soi.

Le Bobobar demande toujours des références avant d’engager la conversation.

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L’attrait de la barbarie

L’activité artistique, culturelle et intellectuelle reste attirée par les marges de l’Empire, et de nombreuses créations s’en sont inspirées, dans le sens de la décadence, de l’inversion des valeurs, de la canaille, du régressif gourmet, du retour des rapports de force et du droit du plus fort, de la violence et la brutalité de changements civilisationnels, que ce soit dans la forme comme dans le fond. On peut mentionner ces exemples :

  • Les Invasions barbares est un film franco-québécois, écrit et réalisé par Denys Arcand, sorti en 2003. C’est le volet central du triptyque défini par son réalisateur : entre Le Déclin de l’empire américain (1986) et L’Âge des ténèbres (2007).
  • En attendant les barbares (1980) de J.M. Coetzee, Prix Nobel de littérature en 2003. Cette fable politique un monde qui pourrait être le nôtre. Adaptation théâtrale à la Comédie française.
  • Toute la série des Mad Max, qui commence en 1979 avec Bolide hurlant.
  • Les nouveaux barbares, film de Enzo G. Castellari  (1984) : 2019, au lendemain de l’holocauste nucléaire provoqué par la 3e Guerre Mondiale, les Templars règnent sur le monde. Contre eux se lèvent Scorpion et Nadir.
  • Jugurtha est une série de bande dessinée historique belge, inspirée de l’histoire du roi numide Jugurtha. Écrite par Jean-Luc Vernal, elle a été dessinée par Hermann, Franz et Michel Suro. Sa publication a débuté en mai 1967 dans Tintin et s’est achevée en 1995 avec la sortie du seizième tome chez Soleil.
Au-delà du dôme du tonnerre est le troisième volet cinématographique de Mad Max, réalisé par George Ogilvie et George Miller avec Mel Gibson et Tina Turner, et sorti en 1985. BO du film de Maurice Jarre et Tina Turner

Toute l’imagerie des campements des Barbares contenue dans les péplums hollywoodiens ou italiens, dans les livres d’histoire ou les reconstitutions théâtrales, ressurgit sous ce vocable « barbare ». La science-fiction – BD, littérature et cinéma – a également considérablement développé ces deux notions d’Empire et de peuples résistants, ainsi que les quatre catégories des maîtres, des serviteurs, des esclaves et des rebelles, avec bien sûr la saga Star Wars, mais aussi Total Recall, Bienvenue à Gatacca, la suite des Mad Max et la formidable Tina Turner, reine des nouveaux barbares australiens, suite qui illustre le chaos post-pic pétrolier.

Garouste & Bonetti, chaise « Barbare » , 1981

Pendant les années 80, le terme barbare a repris du lustre dans la mode (Jean-Paul Gaultier), le design et l’ameublement. En Attendant les Barbares, quatre décennies de design, beau livre d’Anne Bony aux Editions du Regard paru fin 2022, retrace cette époque de profusion des formes. La galerie En attendant les Barbares est l’éditeur de référence de Garouste et Bonetti, deux créateurs majeurs de ce mouvement artistique « barbare », bien que très soigné et très cher, utilisant peu le plastique, de préférence du métal forgé et des matériaux naturels. Ce mouvement artistique élitiste fut inspiré par le Musée du Louvre et par les productions des barbares de l’Antiquité : Égyptiens, Perses, Scythes, Celtes, tous ces peuples en bordure de l’Empire romain, parfois inclus mais pas vraiment solubles et de fait victimes de la Pax Romana.

L’empire romain, comme tous les Empires, tombera en décadence et finira envahi par les uns et les autres. Les Goths sont apparus brutalement à partir de 375, à la frontière naturelle du Danube. En 452, les Huns d’Attila envahirent l’Italie. La Grèce ayant tardivement influencé toute la zone méditerranéenne, sous la forme de l’hellénisme très prisé à Rome comme à Alexandrie.

On devient si vite le barbare de l’autre

Mais dans l’Empire du Bien version 2022, la fiction le dispute au réel, et les médias occidentaux exhortent à une nouvelle croisade : aller guerroyer contre les hordes slaves, ces nouveaux barbares, qui brisent les murailles de la prospérité de l’UE, la crédibilité de Berlin et le chatoiement de Paris. Guerre qu’on est sensé mener de chez soi, en coupant le chauffage ou en pissant sous la douche, mais aussi sur le front ukrainien médiatique ou celui de la dette publique. la Vérité est sacrifiée sur l’autel de la propagande militaire et idéologique, avec une démission des principes les plus élémentaires de la dignité humaine, d’autant plus navrante chez beaucoup d’intellectuels et de chercheurs français. Les buts réels de cette guerre globale étant soigneusement occultés ou déformés pour le grand public (ou le peuple, la plèbe) lui-même rangé dans le camp des menaces diverses de la Pax américana et du totalitarisme de l’UE. La censure généralisée, l’auto-censure et le politicaly correct ont-ils définitivement réduit sa réalité ?

Voici ce qu’en dit Jérôme Fouquet dans La sécession des élites :

« Dans un essai publié à la fondation Jean-Jaurès en 2019, Jérôme Fourquet mettait en évidence un phénomène impressionnant de séparatisme social : entre 1985 et 2017, écrit-il, les classes favorisées françaises ont « fait sécession ». Les indicateurs qui témoignent de cette sécession sont nombreux : la part de cadres dans la population active résidant à Paris est passée de 24,7 % en 1982 à plus de 46 % en 2013, quand celle des ouvriers passait de 18,2 % à 6,9 % ; entre 2002 et 2012, la proportion d’enfants d’origine favorisée scolarisés dans le privé a progressé de 10 points, pendant que celle d’enfants d’origine défavorisée scolarisés dans le public progressait de 6 points. En outre, « avant sa suppression, le service national permettait […] à environ deux tiers des plus diplômés et des garçons issus des milieux les plus favorisés de côtoyer durant plusieurs mois et sur un même pied d’égalité des garçons d’autres univers sociaux ». Par ailleurs, les colonies de vacances sont un autre lieu de brassage social en voie de disparition : « En 2016, les colonies de vacances n’ont accueilli que 800 000 enfants, contre plus d’un million en 2007 et deux millions au début des années 1980. (…). Plus près de nous, le rapport annuel d’Oxfam publié en janvier 2020 indiquait que « la polarisation de notre monde est en marche ». 2 153 milliardaires dans le monde, avec une richesse égale à ce que détiennent 4,6 milliards d’êtres humains. Les forces centripètes du capitalisme fonctionnent à plein : 1 % des plus riches ont capté 27 % de la croissance des revenus entre 1980 et 2016, selon les travaux de l’économiste français Thomas Piketty. »

Lune-papaye – photographie Florent Hugoniot

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Aux frontières de la Nouvelle Réalité

I nuovi barbari est un film d’Enzo G. Castellari, 1983

On finit par se demander qui est barbare et ne l’est pas, dans un jeu théâtral de dépassement du réel et des limites antropologiques admises, de bluff comme au casino, orchestré principalement par la machine médiatique anglo-américaine-sioniste, mais aussi toute forme de gouvernement autoritaire comme en Chine avec le Système de Crédit Social (SCS) ou la politique contestée puis abandonnée ZéroCovid, la stratégie de la peur tout azimut, notamment celle formulée dans l’anthropocène et le transhumanisme en Occident : le risque imminent de la disparition du Vivant, de la Nature, êtres humains compris…

Le « SCS » est un système qui note les habitants (chinois comme étranger) et les entreprises selon leur niveau de vertu. Il vise à lutter contre les incivilités, et plus globalement à maintenir l’ordre. Moins une personne a de points, moins elle a de droits.

Les Romains, considérés comme le nec plus ultra de la civilisation antique, furent taxés de barbares par l’Europe chrétienne pour leurs croyances païennes, les jeux du cirques et les combats de gladiateurs.

La censure journalistique, sur les réseaux sociaux –  stratégie barbare de la terre brûlée s’il en est –  est de plus en plus vivement dénoncée à l’intérieur comme en dehors de l’Empire américano-occidental (« l’Occident collectif », sans centre véritable mais un archipel de métatsases). Sans caricature ni dramatisation excessive, Pascal Serrano qui a récemment publié le livre Interdit de douter. Les dix semaines où l’Ukraine a changé le monde, a donné une conférence en ouverture du troisième festival de la presse à Cuba à propos de l’Ukraine et de l’OTAN. En voici le début et le lien pour lire la suite :

La presse, la liberté d’expression et les mensonges de l’OTAN vu de Cuba…

« Voici la transcription complète d’une conférence donnée par Pascal Serrano en ouverture du troisième festival de la presse à Cuba à propos de l’Ukraine et de l’OTAN. Journaliste de Telesur, il dénonce la manière dont tous les journalistes en situation d’apporter d’autres informations que celle des USA et de l’UE ont été interdits en Europe, nous avons ici la description de la censure totale dont nous sommes victimes sous prétexte que tout journaliste y compris cubain est considéré comme agent de propagande de l’ennemi et il montre comment dans tous les conflits, toutes les invasions des États-Unis la même censure a été opérée. Une démonstration très argumentée. La “gauche” qui a accepté de jouer partout le jeu de l’OTAN porte une lourde responsabilité dans ce qui est en train d’advenir comme d’ailleurs dans les souffrances de ces guerres sans fin, de ces blocus, de ces pays dévastés et de ces réfugiés. (…).

Note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete

Barbares, le péplum germanique de Netflix en 2022

Je conseille aussi au sujet de cette guerre contre le réel, de la « contre-réalité » et de la « stratégie de Schéhérazade », la lecture de Storytelling de Christian Salmon, publié à La Découverte en 2007, décrit et commenté par Renaud Ego sur le site cairn.info.

Vivre dans un monde de Babars ou d’Heidis peut être un rêve ou un désir légitime, or cela coûte de plus en plus cher à tous les niveaux humains. Le confort extrême des uns est supporté par l’inconfort et le sacrifice des autres. Certes ce monde est injuste, comme celui des Romains, de l’Ancien Régime ou du XIXe siècle industriel, financier et bourgeois. Mais après tout, la prédation de l’or en lingots, de l’argent des dépôts bancaires, des trésors des musées, l’éradication de cultures et nations non soumises, la mise sous contrôle total, presque en esclavage des citoyens sous sa propre administration, le viol des Vierges du Temple, des affects, de la santé physiologique comme mentale, la soif de destruction et de faire table rase de tout autre type de société vivace, élaborée selon les fluctuations des siècles, en paralèlle ou en réponse à l’Empire néocolonial, ne sont-ils pas les motivations de toutes les actions violentes et barbares, qu’importe la géographie et le temps ? Qui a pillé les collections archéologiques de Bagdad en 2003, puis volé l’or de la Lybie, pompé le pétrole de la Syrie sinon l’armée mondialisée de la Nouvelle Babylonne, principalement israélo-européo-nord-américaine ?

Qui a fait sauter North Stream 2, de propriété commerciale russe, dans la Baltique à proximité du Danemark ? Wikipédia laisse planer un doute dans sa notice, les USA-UK ou la Russie ??

La fascination de la perversion, de la terreur, de la guerre, de la souffrance morale, le fait de continuer à vouloir faire confiance aux diverses autorités malgré leur sécession et leur morgue, le syndrome de Stockholm suite à la Coronafolie, les phobies de plus en plus ancrées dans le monde occidental sont des aspect névrotiques voire psychotiques ; le fai de hurler au ourp fascise, que toute le monde civilisé et bien élevé discerne partout, sans voir le totalitarisme technoïde et startuper au milieu de la table ; ainsi que la victimisation permanente au nom des individualités dans des sociétés abondantes et très permissives, alors que paradoxalement nous assistons à la dispertion de l’unicité, du moi, que ce soit matériellement (le jeu de miroirs sans fin auquel conduit le monde binaire du numérique, le rôle du consommateur limité à acceper, refuser ou nier) ou spirituellement.

Cette fin d’année 2022 sera je l’espère propice à la méditation concernant l’actuelle dérive virtuelle des continents, l’évaporation du sentiment d’existence, la perte de sa réalité et la réelle recomposition philosophique, géopolitique du monde autour de valeurs clefs – en ce moment de plus en plus conflictuelles entre les différentes cultures eforces géopolitiques présentes sur la planète bleue.

Souhaitons que 2023 nous apporte davantage d’espoir, de clairvoyance, d’actions constructives plus que destructives, de dignité et de sens du commun, notions qui n’appartiennent à aucun groupe humain en particulier, mais servent l’humanité en général. Nous ne sommes que des éléments d’un Tout, malgré tous nos artifices et spectacles pyrotechniques.

Et que cette citation de Rosa Luxemburg soit lue, relue et pensée :

« Les guerres sont un phénomène barbare, profondément immoral, réactionnaire et contraire aux intérêts du peuple. »

Pour aller plus loin : Rosa Luxemburg et le communisme de Michael Löwy, dans Actuel Marx 2010/2 (n° 48), pages 22 à 32 – source site Cairn.info, matière à réflexion – extrait ci-dessous :

« Ce n’est pas un hasard si socialisme ou barbarie a servi de drapeau et de signe de reconnaissance à l’un des groupes les plus créatifs de la gauche marxiste de l’après-guerre en France : celui autour de la revue du même nom, animée au cours des années 1950 et 1960 par Cornelius Castoriadis et Claude Lefort.»

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Une des couvertures de la série BD « Jugurtha ». écrite par Jean-Luc Vernal, dessinée par Hermann, Franz et Michel Suro, de 1967 à 1995

Florent Hugoniot

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SOURCES :

https://www.cairn.info/les-invasions-barbares-une-genealogie-de-l-histoir–9782070122653.htm

https://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/5681-grandes-invasions-barbares-et-chute-de-l-empire-romain.html

https://www.monde-diplomatique.fr/2007/12/SALMON/15433

https://www.legrandsoir.info/le-licite-l-obligatoire-et-l-interdit.html

http://stanislasberton.com/index.php/2019/10/12/de-la-pathocratie/

https://www.les-crises.fr/revelations-vaste-operation-secrete-de-propagande-americaine-sur-les-reseaux-sociaux/

https://blog.mondediplo.net/nos-frangins-ou-comment-reecrire-l-histoire

https://elucid.media/societe/nous-subissons-la-spirale-consumeriste-de-l-hypermodernite-gilles-lipovetsky

https://www.legrandsoir.info/du-capitole-a-la-roche-tarpeienne.html

https://blogs.mediapart.fr/eric-alt/blog/191222/lutter-contre-la-corruption-et-la-fraude-deux-fleaux-de-l-union-europeenne

https://www.cairn.info/revue-actuel-marx-2010-2-page-22.htm

https://www.france-palestine.org/Les-neo-barbares

https://www.letemps.ch/societe/plus-folles-rumeurs-courent-pillage-musees-bibliotheque-bagdad

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5 commentaires pour Barbare bourgeoisie bohême : les Bobobars

  1. sharlotstoned dit :

    👋👋👋et merci pour la notre finale d’espoir 🦋

  2. « Dresser un cheval, c’es un travail de tous les jours. Une quête de l’absolu qui puise sa matière dans la beauté du geste.

    Mais pour créer ce qui n’existe pas, il faut vivre dans l’insatisfaction permanente. Il faut savoir rester barbare »

    auteur inconnu

  3. Francine dit :

    Bilan calamiteux de Macron sur le blog de Marugil, Club Médiapart :

    « 2022 fut un grand cru et 2023 sera un millésime exceptionnel pour ceux qui ont investi en 2017 dans le produit Macron. Pour les autres… »

    https://blogs.mediapart.fr/marugil/blog/311222/les-voeux-de-macron

  4. Meilleurs voeux pour cette année 2023 !!

    lapartmanquante est toujours présente sur Internet et les réseaux sociaux (voir page https://lapartmanquante.com/lapartmanquante-mode-demploi/ ) pour diffuser un peu d’espoir, de lucidité et de beauté dans ce monde réel comme virtuel, qui ne sont que deux facettes de notre réalité.

    Des résolutions pour ce début d’année : nous oublierons ou minimisons des sources qui furent jadis précieuses, mais qui restent désormais enfermées dans un statut quo ou un entre-soi assez malsain, et surout très peu fertile pour le débat public.

    Ce fut le cas pour le journal Médiapart puis le Club Mediapart il y a déjà de nombreuses années, haut lieu de de débat devenu gazete d’une maison de retraite animée ponctuellement de quelques fulgurances de vie de l’esprit.

    LGS (Le Grand Soir, site de réinfo) a malheureusement perdu la boussole pendant les présidentielles 2022, avec son acharnement à promouvoir LFI et son gourou Mélenchon, qui n’aura été qu’un énième pétard mouillé de la Gauche française ; cela après ses grandes déclaraitons de souverainisme de la France, de sortie de l’UE et de l’OTAN, captant ainsi la manne électorale pour préparer les présidentielles et législatives de 2017, en surfant encore sur le NON au référendum pour l’UE en 2005, ; cela malgré les faits eepuis l’après-2017 et le revirement politique de Mélenchon, issu du PS puis revenu au berceau, c’est à dire à la politique spectacle, aux maroquins dorés et aux fausses solutions pour que perdure le système.

    Quelquefois, par leur aveuglement partisant, militant, certains animateurs du débat en ligne de voient plus rien venir malgré les infos disponibles, les changements leurs sont invisibles tellement ils s’accrochent à leurs certitudes, leurs croyances ou leur gagne-pain, gagne-popularité…

    « Fondé en 2002, Le Grand Soir (legrandsoir.info) est un site internet co-animé par Viktor Dedaj et Maxime Vivas (rejoints, en mai 2020, par Bernard Gensane). Il a relayé des contenus conspirationnistes à plusieurs reprises. Maxime Vivas et Viktor Dedaj ont co-écrit en 2011 un ouvrage intitulé 200 citations pour comprendre le monde – passé, présent et à venir (éd. La Brochure) préfacé par Jean-Luc Mélenchon. Maxime Vivas est en outre l’auteur d’ouvrages critiques sur l’ONG Reporters sans frontières et sur le Dalaï-Lama. » Inro notige média LGS L’Observatoire du conspirationnisme.

    Le site Réseau International est devenu une source bien plus riche de textes pour résiter et combattre la doxa médiatico-politique qui a conduit la France et les autres pas de la zone UE à cet un état totalitaire-suave, liquoreux que nous constatons encore aujourd’hui.

    Voici deux liens avec des voeux également :

    https://reseauinternational.net/des-voeux-de-transmutation-pour-2023/

    https://reseauinternational.net/appel-a-la-reunion-de-toutes-les-resistances/

    Le lien LGS restera amicalement dans la colonne « D’autres part » de nos partenaires, nous y ajoutons celui de Réseau international.

    Voici le début de la présentation de ce site selon la notice média de Conspiracy Watch, un de ces chiens de gardes virtuels du système, tels le Decodex du journal Le Monde ou encore Reporterre sans frontières, qui usent des qualificatifs « conspirationniste » ou « complotiste » comme d’une menace nucléaire (pour leur réputation et leur existence) :

    « Créé anonymement en 2013, Réseau international (reseauinternational.net) est un site conspirationniste qui, selon NewsGuard, serait animé par un entrepreneur français d’origine mauritanienne du nom de Sy Abou, basé à Bordeaux. »

    Bonne chance à RI également !!

  5. Yvan dit :

    La caricature est un art, celui de la formule également. Le mythe américain a innervé toute la création en Europe depuis la fin du XIXe siècle, une accélération dans l’entre-deux guerres, puis un décollage après la 2e GM. Le Jazz, le blues, le rock’n roll sont des apports culturels nord-américains indéniables. La musique, mais aussi le cinéma hollywoodien ou indépendant, le théâtre de Broadway (très inspiré par les metteurs en scène et l’ntelligensia artistique européenne comme Kurt Weil, Stanislavski), la littérature évidemment.

    Donc les USA et l’Europe se sont mutuellement construits (ou déconstruits?) culturellement en avançant de concert dans l’aventure de la modernité, suivis par le Japon et d’autres pays de la sphère dite occidentale.

    On constate dans la production culturelle une prédominance européenne aux USA jusqu’aux années 50, puis étasunienne en Europe depuis les années 60, période de grand basculement. Cette tendance n’a fait que se confirmer depuis 2000, avec une présidence et un secteur culturel français valorisant l’usage Urbi et orbi de l’anglo-américain, autrement dit du globish publicitaire, commercial et financier.

    Pour finir sur cette citation d’Oscar Wilde :
    « Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation. »

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