Sábado de Gloria à Jerez

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Sábado de Gloria à Jerez : Charro à cheval, spectateurs en chemises à carreaux et chapeaux de ranchero.

Chaque année au printemps, la charmante ville de Jerez se pare de ses plus beaux atours pour la feria qui s’y déroule sur deux semaines, durant la période de Pâques. La Semana Santa commence en fanfare avec le Sábado de Gloria. Cette journée d’inauguration, toujours organisée le samedi une semaine avant le jour de Pâques, est tout à l’honneur des Charros (cavaliers/cow boys mexicains) et de leurs chevaux richement équipés, venus de tous les ranchs de la région, qui animent la ville du matin jusqu’à tard dans la nuit. Le Sábado de Gloria est célèbre dans tout le Mexique et plus loin encore, jusqu’aux USA d’où viennent souvent quelques personnalités pour l’occasion. Cette journée attire des milliers de Mexicains et Mexicaines, dont également quelques huiles locales et nationales, Jerez devenant ze place to be l’espace de quelques heures. Elle est submergée de monde puisqu’elle accueille environ 75 000 visiteurs, bon an mal an, pour une ville de  58 000 habitants ! Ainsi en 2016, le site officiel décomptait 60 000 visiteurs pour 12 000 cavaliers, dont quelques cavalières appelées aussi escaramuzas, tous venant défendre les couleurs de la charreria, l’art du rodéo mexicain, ainsi que l’art de la fête à la mexicaine. Lire la suite

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Querétaro street art 1

queretaro 055Le street art est bien présent dans la ville historique de Querétaro, mais il faut s’éloigner un peu des lieux emblématiques et touristiques pour trouver matière. Parfois au détour d’une église baroque, on peut tomber sur une oeuvre intéressante ou audacieuse, mais en général les murales couvrent des façades de maisons banales le long de boulevards embouteillés ou dans des ruelles plus en retrait. Certaines oeuvres sont assurément des commandes de la ville, qui a su surfer sur la mode du street art pour valoriser sa communication culturelle, et ont été réalisées par des artistes professionnels. D’autres, la plupart, sont des réalisations sauvages de street artistes et d’étudiants en art, des commandes de commerces, peintes en accord avec les propriétaires, ou des oeuvres conservées sur des espaces publics pour leurs qualités plastiques. Lire la suite

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Comment peut-on être mexicain ? (4)

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Débordements

Pour cette quatrième partie, c’est sous l’angle du débordement que je voudrais maintenant aborder le Mexique. Cette dynamique pourrait être vue comme une particularité typiquement latine. Du moins c’est ce que les Anglo-saxons, en général plus carrés, plus stricts quant au respect des règles, remarquent vite, voire reprochent à certains peuples européens avec tous les clichés qui suivent : les Français sont des spécialistes de la grève, les Italiens sont des beaux parleurs tandis que les Espagnols abusent de l’orgueil et de démesure… Dans le même registre, on connait la terreur des citoyens étasuniens, particulièrement les WASPs (White Ango-Saxon Protestants) pour le débordement de leur frontière avec le Mexique par des hordes de barbares venus du Sud – vaste ensemble qui comprend toute l’Amérique latine plus tout ce qui n’est pas au préalable désinfecté par les services de santé et d’hygiène !

Le débordement en tant que contournement de la règle. Le débordement comme l’énergie de la multitude et des courants parallèles, comme l’Histoire peut régulièrement l’illustrer, ou tout simplement au quotidien, comme dans des embouteillages : une réaction naturelle, vitale et spontanée face à un blocage qui dure trop de temps, une impasse qui peut s’avérer mortifère. Ou encore comme la florescence de la langue espagnole parlée au Mexique, la profusion débordante du baroque dans les cultures d’Amérique latine… Lire la suite

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Dolce vita et consumérisme à Querétaro

queretaro 013Capitale de l’État de Querétaro, située à environ 2h au nord-est de Ciudad de México, Santiago de Querétaro est tout d’abord célèbre en tant que grande ville coloniale et historique du Mexique, avec ses nombreux dômes, ses clochers d’églises et ses places ombragées. Le centre historique, relativement aéré et peu élevé, s’organise en fonction du tracé des rues perpendiculaires, selon le modèle des villes coloniales issues de la Conquista (la ville fut fondée en 1531). Entièrement pavé, il est de style baroque et classique, et mêle influences espagnoles et françaises. Il est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996, ainsi que l’aqueduc datant du XVIIe siècle et long de plus d’un km, qui fut en activité jusqu’en 1970. Mais la ville de Querétaro est aussi le cœur de la 10e zone métropolitaine mexicaine, une mégapole en expansion fulgurante : en 2010, celle-ci comptabilisait une population de 1.097.025 habitants, en 2016 elle dépassait déjà les deux millions d’habitants. Le centre historique, en partie piéton et mis en valeur, est donc devenu une petite pièce du puzzle urbain dans cette jeune mégapole. Lire la suite

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Ciudad Juarez street art 2

street art juarez 2 028

Dans la zone centre de Ciudad Juarez – si tant est qu’on peut trouver un centre et une périphérie dans ce no man’s land urbain – entre un hôpital, un musée, une médiathèque et quelques boîtes de nuit, de longues fresques peintes s’élancent à l’assaut du ciel désespérément bleu, tout en jaugeant les voitures et les quelques passants alentour. Ce sont des commandes de la municipalité pour des édifices publics, une politique culturelle surfant sur la vague du street art : heureuse initiative donnant de la vie à la ville, certainement du fait de la proximité des USA. Saluons ce geste d’ouverture culturelle, ainsi que l’inventivité et la maîtrise des artistes ayant réalisé les œuvres présentées ici. Car s’il y a bien une chose remarquable dans cette mégapole folle perdue dans le désert, ce sont ses murales réalisés un peu avant la grande période d’insécurité qui s’est abattue sur la ville il y a quelques années, et qui semble s’être calmée aujourd’hui. Lire la suite

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Invasion d’alebrijes géants à Querétaro

« El Poseidón » sculpture collective, Querétaro mai-juin 2016

« El Poseidón » sculpture collective en papier mâché et peinture acrylique, Querétaro mai-juin 2016

Alebrijes Monumentales en Querétaro

Je vous propose un parcours de rêve – ou de cauchemard – le long de los Arcos de Santiago de Querétaro, un itinéraire à la rencontre des alebrijes, ces figures typiques de la culture mexicaine. Sculptures géantes réalisées par des artistes et des étudiants d’art au Mexique, elles achevaient là leur voyage après plusieurs étapes dans différentes grandes villes du pays. Semblant sorties tout droit d’esprits délirants, illustrant les folies et les hallucinations les plus flamboyantes, qu’elles soit humaines ou démoniaques, ces fantastiques figures polymorphes ponctuaient de mai à juin 2016 chaque arche de cet aqueduc construit par les Espagnols au XVIIIe siècle et actuellement classé aux monuments historiques. L’occasion de découvrir un lieu emblématique de la charmante ville de Querétaro, située à 200 km au nord-ouest de Mexico, et d’aller à la rencontre de ces fascinants alebrijes, avec leurs formes baroques et leurs motifs aux couleurs criantes. Lire la suite

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Comment peut-on être mexicain ? (3)

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Fatales attractions

Je reprends cette étude sur la société mexicaine en développant plus largement le thème de l’américanisation et de ses effets souvent délétères sur un pays pourtant rompu aux influences extérieures, dans une société en renouvellement permanent. Mais après les grands chantiers de l’Indépendance et de la Révolution, un abrazo, un baiser froid comme la mort est arrivé du Nord… Je traiterai aussi des nombreuses démissions des Mexicain(e)s eux-mêmes, face à la culture gringa invasive. Comment peut-on encore être mexicain, en étant en permanence bombardé par les rêves occidentaux les plus grandioses ou les plus vains, en se projetant hors-sol dans une modernité de surface ? Triomphe du post-modernisme, fuite en avant dans la nouveauté à tout prix, dans la dictature des apparences, dans cette croyance typiquement américaine en la toute puissance de la technologie qui viendrait progressivement combler tous les interstices et les défaillances humaines… Lire la suite

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Féminicides : inscrire la barbarie dans la ville

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« Grisel Pada Ventura Rosas, disparue le 22 juin 2011 dans le centre de la ville. Aide-nous à la retrouver. »

Certains murs parlent et se lamentent. Certains murs ouvrent des horizons de détresse, ils osent se dresser et haranguer le passant anonyme comme la politicienne véreuse, le narcotraficant faussement camouflé derrière des Ray-Ban étincelantes. Des regards de pierre, récurrents et douloureux comme des reproches éternels, alpaguent d’autres regards furtifs, honteux et oublieux. Des regards qui traînent des retards, des morts, des remords peut-être… Ils s’adressent en silence à tous ces acteurs en marche de l’hyper-modernité, marionnettes suspendues au fil du Temps, petites mains d’argent et de plomb, yeux baissés et cerveaux occupés, esprits encombrés par les imprécations publicitaires et les « éléments de langage » : ceux du néolibéralisme qui s’exprime ici dans toute sa gloire, au milieu du désert nord-américain. Celle d’un narco-capitalisme qui imprime ses rêves à toutes et tous, et renvoie des destins brisés, les uns contre les autres. Trajectoires rythmées par la même grande horloge électronique plaçant au zénith le Dieu Travail, dynamiques tic-tac qui s’entrechoquent mais ne se regardent plus, lignes de vies qui s’entremêlent et ne se lisent plus. Lire la suite

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Bestiaire street art de Cd Juarez

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La ville poussiéreuse s’étend au milieu du désert de Chihuahua. Les 4×4 aux vitres fumées filent à toute allure, le vent fait voler le panache des rares palmiers qui ponctuent Ciudad Juarez et les passants rasent les façades en faisant de l’équilibre sur les trottoirs. Tandis que d’étranges animaux comme échappés du désert – ou d’un OVNI – de sages prédateurs, des hyènes géantes au regard hypnotique, des lièvres interstellaires, des pies au bec acéré, des renards des sables, des chiens kaléïdoscopiques recouvrent les murs de leurs sihouettes et entonnent un murmure, repris par le vent et les montagnes alentour. Une pieuvre surmontée d’un improbable Donald Trump, cauchemard des Latinos et surtout des Chicanos (Mexicains vivant aux USA), lance des éclairs apocalyptiques. Deux taureaux s’affrontent pendant une éternité…

Les habitants de Ciudad Juarez, pressés, affairés, surchargés de travail, se noient dans les distractions et le vide matérialiste de cette zone franche qu’est devenue la frontière avec les USA. Venus des quatre coins du Mexique, ils sont bien trop occupés à déchiffrer les mots binaires tombant de leurs smartphones, à déméler ce fouilli de connexions numériques pour se retrouver… ou s’égarer davantage dans cette cité des mots perdus.

Voient-ils, entendent-ils seulement encore les signes subtils qui les effleurent ??

Florent Hugoniot Lire la suite

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Comment peut-on être mexicain ? (2)

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« Je t’envoie te faire voir parce que je suis pauvre, si j’étais riche je t’enverrais te faire tuer. »

Paradoxes mexicains

Le Mexique est traversé de nombreuses contradictions : profondément catholique mais résolument laïque, pays à l’économie globalisée mais peu ouvert aux cultures du monde contemporain (hormis celle invasive et réductrice des USA), populaire et élitiste à la fois… Son passé riche et complexe, fait de ruptures, de réparations, d’adaptations, permet certainement de comprendre ses ambiguités actuelles.

La population mexicaine d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec celle des empires précolombiens, ni même avec celle de l’Indépendance (1810) ou de la Révolution (1910). Le chamboulement civilisationnel à l’heure de la Conquista, suite à la « découverte de l’Amérique » fut total (1492, arrivée de Colomb en Haïti – 1521, destruction de la capitale des Aztèques), et les remous de la conquête espagnole, qui a ouvert le sous-continent à l’émigration européenne, sont encore vifs, certaines cicatrices sensibles. Dans le même temps, le Mexique continue de s’enrichir de l’apport d’autres cultures, tout en envoyant une partie de ses étudiants parfaire ses connaissances à l’étranger. Ce territoire à la jonction des deux océans, l’Atlantique et le Pacifique, est une des premières pièces du puzzle de la mondialisation, depuis la mise en place par la couronne espagnole, il y a plusieurs siècles entre l’Europe, l’Amérique latine et l’Asie (avec notamment Les Philippines) d’un commerce tournant qui ont fait circuler par mer, entre ces trois continents, des produits naturels et des marchandises manufacturées. Lire la suite

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